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cuisinothérapie

16/06/2009

Au coeur de la cuisinothérapie : la rééducation du goût


http://www.dailymotion.com/video/x66qcw_le-codex-alimentarius_news

 

Depuis des années il est question de l'éducation du goût.

Il y a même la semaine du goût !

Chaque année, une semaine par an, les chefs sortent de leur cuisine et vont porter les bonnes papilles dans les cantines scolaires. Ils ont pour objectif de sensibiliser au goût, aux bons produits de terroir, à la bonne cuisine, à la gastronomie, à l'art du bien manger.

Lors de ces interventions ils organisent des exercices ludiques et font des démonstrations pour faire découvrir le doux, le sucré, l'acide, le salé, l'amer... Las ! Le défi à relever est ardu et ils se perdent régulièrement dans les méandres lexicaux qui désignent les différents ressentis : le mou, l'âcre, l'astringent, le filandreux, le grumeleux, le croustillant, le visqueux, le gluant, le parfumé....

La bouche est complexe d'autant plus qu'elle se trouve reliée à l'odorat et que le tout est mouliné par le cerveau. Autrement dit : c'est une sacrée salade !

Le cerveau, ainsi interpellé de toutes parts, donne alors ses consignes au système digestif en commençant par les glandes salivaires. Mais il faut savoir que le système digestif a ses propres exigences ; des exigences plus "organiques" plus frustres.

Il y a parfois de profonds désaccords entre les deux centres de décision et ce n'est pas là le moindre des problèmes que nous rencontrons. Lorsque le conflit éclate toutes sortes de pathologies apparaissent : brûlures d'estomac, troubles du transit intestinal, vomissements, boulimie, anorexie, diabète, cancers divers et variés...

Nous le savons : nous avons souvent l'esprit un peu tordu – quant aux intestins ; ils le sont naturellement.

Voici donc, exposé succinctement, tout un programme d'une complexité extrême qui déstabilise nos marmitons, plus au fait des nouveautés de l'industrie agroalimentaire que des processus enzymatiques et des neurosciences.

Éduquer au goût une semaine par an : une ineptie rituelle, une opportunité de faire du bruit pour dire qu'on s'en occupe.

  • Tu as goûté les topinambours ?

  • Mouai...

  • C'était bon ?

  • Non c'était dégueu.

  • Et l'amer ?

  • Ben c'est pas bon. C'est amer. .


Jusqu'à quel âge est-on éduqué au goût et à partir de quel âge pouvons-nous envisager de rééduquer le goût ?

Nous pouvons considérer le colostrum est la première impression gustative1du nouveau né, et le lait maternel, la deuxième. Les mères qui allaitent leur enfant le savent bien et font attention à ce qu'elles mangent pour préserver la qualité gustative de leur lait.

Une première différence apparaît lorsque l'enfant est nourri au lait « maternisé ». Bien que ce lait « premier âge » ressemble de plus en plus fidèlement au lait maternel, il en demeure pas moins vrai que cet aliment de synthèse a un goût et des caractéristiques qui lui sont propres et communs pour tous les enfants qui le tètent, ne serait-ce du simple fait qu'il soit administré via une tétine en caoutchouc.

Dès la diversification de l'alimentation, l'éducation au goût devient complètement aléatoire et particulière à chaque enfant. Tout inter-agit dans la façon de se nourrir et de nourrir un enfant : les modes de vie des parents nourriciers, leur environnement, leur culture, leurs habitudes, leurs croyances, le fait qu'ils fassent appel ou non aux produits alimentaires industriels ...

Toutefois des points communs existent qui concernent la très grande majorité des habitants de cette planète. Ces points communs sont les produits transformés hors domicile et ceux qui proviennent de l'industrie agroalimentaire. Certains sont universels (produits laitiers, boissons, produits surgelés, barres chocolatées, biscuits, pâtes ... ). et d'autres plus locaux (le pain, l'huile, les céréales, les fruits, les légumes et plus généralement, les produits dits de base).

À ce stade de l'exposé, il est important de comprendre et d'expliquer la logique de l'industrie agroalimentaire.


Logique économique :

  • produire au meilleur coût pour réaliser les meilleures marges bénéficiaires possibles.

  • Rechercher la matière d'œuvre où qu'elle se trouve dans le monde, là où l'approvisionnement en flux tendu est possible, là où le prix d'achat est le plus faible, là où les aides douanières, fiscales et autres (directes ou non) sont les plus fortes.


Logique de production :

  • paramétrage des produits dans un but de stabilisation ; stabilisation des saveurs, des coûts de production et des prix vente, stabilisation de la conservation, des conditionnements et des packagings, détermination des images et symboles véhiculés par ces produits,

  • paramétrages des goûts, des aspects et des consistances,

  • utilisation systématique d'additifs pour réduire les coûts de production : sels, sucres, émulsifiants, épaississants, gélifiants, exhausteurs de goûts, arômes etc...


« {......} parce que le sel ajouté dans l'alimentation agit comme un puissant moteur de consommation. Il y a d'abord un effet d'accoutumance. Lorsque l'on commence à puiser dans un sachet de biscuits salés, on a beaucoup de mal à s'en dépêtrer, c'est « le syndrome du biscuit apéritif ». plus on consomme de produits salés, plus on est accro au sel !

Le sel exerce plusieurs effets gustatifs, c'est un exhausteur du goût bon marché, souvent un cache misère, en fait ; car lorsqu'un produit est bon, rien n'est à ajouter. Ensuite, le sel rehausse les saveurs sucrées et inhibe les saveurs amères. En conséquence, il est utilisé dans tous les produits sucrés comme les gâteaux, les glaces, les chocolats, les confitures...

Un autre aspect, purement technologique, se montre particulièrement intéressant sur le plan économique : lorsque l'on ajoute du sel dans n'importe quel produit hydraté – poissons, fromage, viande, charcuterie – on piège de l'eau dans le produit.

Un peu de sel dont le coût financier est dérisoire, permet ainsi d'augmenter le poids des produits et d'augmenter le chiffre d'affaire... Puisque la plupart de ces aliments sont vendus après être passés sur la balance, le secteur accroît par ce moyen son chiffre d'affaire de presque dix pour cent, même si le sel n'est pas l'unique agent utilisé pour accomplir ce tour de passe passe. 2»


Ce paramétrage correspond à la logique industrielle. De la production à la commercialisation, en passant par la transformation, les produits « matière d'œuvre » sont prédéterminés et paramétrés depuis la graine ou l'œuf.

Ils subissent ensuite un processus de déstructuration/restructuration car, dans la logique industrielle, tout doit rester en permanence sous contrôle. C'est, par exemple, le cas pour les flocons de pommes de terre, le lait en poudre, la farine... Mais aussi les oignons, la sauce tomate et une foule de produits qui entrent dans la compositions des plats « cuisinés » façon industrielle.

Au fil des générations et des passages aux caisses des supermarchés, nous avons perdu la notion du véritable goût des aliments. Tout ce que nous mangeons est manipulé ; trop salé, trop sucré ou les deux à la fois. C'est le cas du pain, mais aussi des 9/10 ème des produits transformés que nous entassons dans les caddies.

Au fil du temps nous sommes devenus plus ou moins accros à toute la panoplie d'additifs utilisés pour corriger, masquer, détourner, exhausser les goûts et les saveurs afin de rendre plus séduisant ces « reconstructions alimentaires » qui ne l'étaient pas a priori.

Il s'agit donc bien d'une rééducation du goût qu'il faut mettre en place.

Une rééducation qui passe par des sevrages concernant le sel et le sucre et par un apprentissage visant à retrouver et à apprécier les saveurs naturelles qui se trouvent masquées - retrouver le vrai goût des aliments.

Un sevrage qui peut durer plusieurs mois, une redécouverte de sensations probablement encore plus longue, qui devra être accompagnée d'une formation à la consommation et à la cuisine pour ne pas retomber dans ces dépendances nuisibles à la santé, tant physique que mentale.

Il n'y a manifestement pas que le tabac et l'alcool qui soient nocifs pour la santé.

Gub





1Première dans le mesure ou les avis des scientifiques diffèrent en ce qui concerne la sensibilisation aux goûts et aux odeurs du fœtus in utéro.

2Pierre MENETON – Le Sel – un tueur caché – Pages 25 et 26 Éditions : FAVRE novembre 2008

18/05/2009

Le ballon captif





À la réflexion, il manque quelques explications, du liant, aux écrits que je vous ai livrés. Au fond ces manques supposés ne doivent rien au hasard.

Vous l'aurez compris : je ne suis pas à proprement parler un scientifique académique, j'aime l'univers poétique, les chemins de traverse, une forme de déraison apparente qui n'est en réalité qu'une forme de pudeur cosmétique, une mise à distance, en perspective, car je redoute par-dessus tout les « intellectualités » qui s'autoalimentent sans fin.

Je suis, de part mon éducation et mon métier, un travailleur manuel, un paysan qui sait ce qu'il en coûte de rester trop longtemps assis sur une chaise. Je sais donc œuvrer au ras du sol et le destin d'Icare n'a rien de surprenant pour moi. Comme tout paysan, je sais qu'il faut d'abord du temps et du travail avant de semer, et encore plus de temps et plus de travail avant de peut-être récolter.

Comment s'élever sans risquer de se voir déraciné un jour ?

Pour prévenir ce risque, j'ai décidé d'utiliser un nouveau concept : le concept du ballon captif.

C'est ainsi que, tout gonflé de quelques idées légères en devenir et d'une truculente impertinence joyeuse, j'entends me déplacer et m'élever dans la limite du lien qui m'ancre dans le sol.

Ce lien, vous l'aurez compris est composé de l'alimentation et des comportements alimentaires.

Trop souvent, Michel ONFRAY, Bernard STIEGLER et beaucoup d'autres penseurs du monde se trouvent comme « en suspens, en apesanteur » et leurs idées lumineuses et libres s'envolent et se perdent. Les peuples aiment comprendre ce qu'ils peuvent embrasser.

Les chercheurs ne savent généralement pas trop comment « patouiller » au ras du sol, tirer parti de la matière d'œuvre, objectiver parfois de façon triviale  pour transformer les concepts en outils et les mettre à disposition des inventeurs du quotidien.

Avec ce nouveau concept, je propose de mettre en place un outil d'investigations--garder les pieds sur terre, donner du sens et du bon sens

Une méthodologie proposant des repères stables  utilisant l'alimentation et les comportements alimentaires afin d'évaluer concrètement1, régulièrement et quasiment « en temps réel » 2 les conséquences, l'impact, la mise en œuvre et l'appropriation (ou le rejet) des nouvelles idées par le peuple.

1un mot terrifiant pour un chercheur...

2une idée encore plus terrifiante...

 

C'est sûr, il y a du gras à moudre et nous pouvons faire feu de toutes flèches.

Gub

05/04/2009

Jean-Marie PELT

Entendu sur France-Inter à l'émission de Denis CHEYSSOU "CO2 mon amour":

" Lors du sommet du G20,  J'ai eu l'impression que les dirigeants des pays les plus riches ambitionnent de revenir le plus rapidement à la situation antérieure "

"Ce serait une catastrophe de ne pas profiter de cette situation pour changer radicalement de modèle de société"

"J'ai beaucoup réfléchi. Je me dis aujourd'hui que seuls les comportements des consommateurs peuvent changer les choses "

" Les comportements ont déjà changé radicalement. Personne ne mesure à quel point c'est rapide - à part les gérants des supermarchés"

 

La sagesse même...

Gub

01/04/2009

Le corps absolu

Une petite note avec une pensée pour Mister BARK ; un joyeux transgressif hédoniste, éclaireur des temps à venir...

Gub

Vous commencez à comprendre ?1.


Ce n'est pas évident car la cuisinothérapie suppose d'accepter, en préalable, de se dépouiller des anciens paradigmes qui nous ont façonnés de travers pendant des siècles.

Toujours le même constat, la même urgence : retrouver du bon sens et remettre à l'endroit ce qui se révèle être manifestement à l'envers.

En ce sens, la cuisinothérapie est fondamentalement un concept révolutionnaire.

Révolutionnaire dans le sens de révolution, car il n'y a décidément rien de nouveau sous le soleil - amère constat pour nous ; nous, les purs géniaux génies. Nous ne faisons au mieux, que dépoussiérer et réactualiser d'anciens trésors, enfouis dans les sédiments du temps. Remettre en lumière quelques strates de sagesse - des témoignages inspirés d'humanité fervente.

Ce concept se réfère aux cyniques (avec l'emblématique DIOGENE comme porte-parole), aux esthètes, aux gastrosophes (Marinetti) , aux transgressifs, et à tout ceux qui prônent l'hédonisme, le plaisir et la jouissance du corps (sous l'égide de Michel ONFRAY mais de bien d'autres aussi).

Le corps ; voilà bien le cœur du propos. La cuisinothérapie propose de partir « concrètement » à la recherche d'un paradis confisqué - retrouver le plaisir de planter ses dents (enfin !) dans cette superbe pomme juteuse et parfumée exempte de pesticides.

Hymne au plaisir et à la jouissance sans entraves2- le goût de tes lèvres, l'odeur de ton sexe, le grain de ta peau et ce plat succulent, unique car parfumé d'amour, qui mijote doucement et qui n'attend que nous...

  • le corps absolu.

La liberté comme la jouissance ne se découpe pas en tranches, pas plus qu'elle ne peut être décrétée. Il ne devrait pas exister de lieux ou de temps où nous serions plus ou moins libres - plus ou moins autorisés à jouir pleinement de la vie.

La liberté ne se portionne pas ; elle est ou n'est pas. Quant à la jouissance ; elle ne se discute évidemment pas, elle s'impose (au risque de la frustration) et ne doit pas être contrainte3.

La cuisinothérapie propose la réappropriation de notre liberté par la quête de l'harmonie du corps et de l'esprit avec le monde.

Elle oppose délibérément le corps joyeux4au corps nié, mortifié, asservi, contraint, amputé et caché.

Un corps méprisé qui souffrirait d'une prétendue malédiction biblique. Un péché originel qui prétend faire la part belle à l'esprit en stigmatisant ce corps impur, symbole de notre « bestiale » animalité. 

Un esprit pur détaché du corps, capable cependant de la pire inhumanité qui soit.

Un esprit qui, comble d'ironie, peut se situer bien au-delà de la bestialité même5.

Il faut, pour être complet, évoquer ici ces corps nus, exposés, magnifiques dans leurs proportions. Des corps harmonieux, idéalisés, disciplinés, épurés, désérotisés, exemplifiés, blonds de préférence et nationalistes toujours... - Corps dont l'ésthétisme est détourné, et supports obscènes d'une propagande criminelle... - Corps niés ou corps exposés, mais corps instrumentalisé par des pouvoirs mortifères qui ne peuvent vivre et prospérer que sur le terreau de la peur et de la culpabilité.

Qu'ils soient laïcs ou religieux. Ces corps sont les instruments des pires crimes par les intentions  avouées ou cachées, dont ils sont chargés.

Au-delà du concept, la cuisinothérapie propose un levier accessible à tous pour retourner (à minima) à un hédonisme joyeux.

Un levier universel et transgressif, construit sur le postulat :

- Chacun est à même de se réapproprier son alimentation et ses comportements alimentaires.


1J'invite les débutants qui prennent le blog en route à « papillonner » dans les articles de la catégorie « cuisinothérapie » et aussi, tant que vous y serez, dans les autres catégories. Je vous préviens, il y aura interro. , j

2Car entre adultes libres consentants et responsables.

3C'est l'explication des représentation phalliques sur les gravures rupestres préhistorique. La dimension disproportionnée des phallus indiquent une forme de désarroi, d'inquiétude, face à cette partie du corps incontrôlable. Un sexe (peut-être pas encore repéré comme organe sexuel à cette époque) doué d'une forme d'autonomie inquiétante et indicatrice d'une « urgence impérieuse » et mystérieuse (faute d'explication scientifique rationnelle).

4La JOIE selon SPINOZA

5la part tératologique de notre misérable et inquiétante humanité.

 

27/03/2009

Hitler et la logique charcutière – Contrôlez la nourriture et vous contrôlerez les gens.




Hitler et la logique charcutière – Contrôlez la nourriture et vous contrôlerez les gens.


www nosliberte.org


Ce n'est pas un hasard si le portrait d'Henri FORD était accroché dans le bureau d'Hitler.

Ce n'est pas plus un hasard si nombre d'anciens nazis se sont reconvertis dans l'élevage intensif et plus généralement dans le secteur de l'industrie agroalimentaire.

Le monde industriel, tel qu'il est conçu et organisé a à voir avec l'idéologie nazie.

Raccourci lapidaire, point de vue partisan - peut-être... Seulement voilà ; les faits sont têtus.

Quoique nous puissions en penser et en dire, il serait dangereusement inconséquent de croire que le nazisme a disparu suite à la victoire des alliés et au procès de Nuremberg.

Pendant que quelques « têtes de liste » étaient jugées et condamnés pour les crimes abominables qu'ils avaient commis, le gros des troupes trouvait refuge, principalement en Espagne et sur le continent américain.

Il était essentiel, du moins en étions-nous persuadés1, de tout mettre en œuvre pour contenir l'expansion du communisme2au niveau de la porte de Brandebourg.

Les chefs nazis furent donc exfiltrés, protégés et utilisés par les services de renseignement occidentaux. Ces individus, objectivement bien peu recommandables au demeurant, pouvaient offrir une aide précieuse par leurs réseaux constitués en Europe et leur connaissance des pays de l'Est. Autre avantage non négligeable : ces criminels plus ou moins recherchés n'avaient, bien entendu, rien à refuser à leurs commanditaires.

C'est une constante : nous composons avec le diable pour combattre ce que nous pensons être le mal.

C'est, pour évoquer une option politique plus proche de nous, ce qu'ont fait les américains en Afghanistan en formant et en armant les talibans pour organiser la résistance contre les soviétiques - avec les conséquences que nous mesurons chaque jour.

Il faudrait sans doute accepter de mettre les mains dans la sanie pour espérer atteindre nos divins objectifs3.

Au risque de choquer les bons français pétris de bien pensance, il faut comprendre que l'idéologie nazie est toujours une composante active dans le registre politique mondial. Plus d'un politologue, plus d'un stratège et plus d'un économiste admettent que cette idéologie peut être créditée de quelques « réussites » - ce n'est assurément ni les banquiers, ni le Vatican qui pourraient prétendre le contraire.

La référence au nazisme est honteuse et inavouable, mais elle est en grande partie valide sur le plan du dogme capitaliste. C'est aussi une idéologie à géométrie variable qui peut, selon les cas et les choix, être délibérément promue ou diffusée à dose homéopathique. Quelque soit le dosage, elle se révèle toujours pathogène. De fait, un esprit lucide et avisé peut repérer son influence, plus ou moins affirmée ou revendiquée, au sein de la plupart des institutions – y compris celles où on l'attend le moins ; à savoir les institutions du secteur sanitaire et social.

L'idéologie nazie est, par essence même, basée sur l'organisation et l'efficacité d'une « élite » auto proclamée4.



Elle implique une négation de l'individu qui doit être, corps et âme, au service de ce collectif ainsi stigmatisé.

Un collectif dont la caractéristique première  (ce qui constitue son ciment), est de se reconnaitre et de se revendiquer comme issu d'une race supérieure. Une race qui se voudrait pure, exempte de toute souillure, et qui prétend imposer sa loi. Une loi divine, "naturelle", extérieure au groupe, qui se borne finalement à être celle du plus fort, du plus compétitif, du plus performant, du plus apte à surplomber la masse.

Une race dont chacun de ses membres correspond, ou devra correspondre à terme, à des normes physiques, psychiques, intellectuelles et « morales » pré-définies par d'obscurs critères homologués par des « scientifiques ».

Une race qui se pense supérieure et qui, non seulement s'autorise les pires perversités, mais qui se croit investie du devoir d'asservir et d'« utiliser » ceux qui sont devenus « les autres » ou les plus faibles.

Ces autres qui ne sont plus vraiment des hommes à leurs yeux et qui n'ont d'autre intérêt que leur force de travail destinée à l'avènement d'une nouvelle civilisation. Une utilisation des corps qui conduit, au bout de la logique, à fabriquer du savon avec leur graisse et de l'engrais avec leurs os.

C'est bien de l'industrialisation du vivant dont il est question ici. une industrialisation où la morale et la compassion n'ont pas droit de cité.

Dans ces usines il n'est question que de technologie, d'organisation, d'efficacité et de rentabilité. Une logique froide et implacable où seul le quantifiable compte - autrement dit, une logique exclusivement comptable.

Pour finir, les corps, vidés de leurs forces vitales, défilent sur les chaînes de désassemblage. Une taylorisation infernale des tâches : les cheveux à droite, les dents à gauche, plus loin les vêtements, et plus loin encore les cendres pour faire de l'engrais

Taylor avait raison : « les ouvriers n'ont pas à penser car des gens sont rémunérés pour le faire. »

La meilleure transposition de ce cauchemar produit par cette pensée se trouve justement dans l'aménagement technique des élevages d'animaux en batterie. 

L'entassement des corps en "sardines" cher aux "zonderkomandos" 

Ce n'est donc pas un hasard si nombre d'anciens nazis se sont reconvertis dans l'élevage intensif et plus généralement dans le secteur de l'industrie agroalimentaire.


C'est sûr, il sera difficile d'en finir avec la postmodernité...


Gub

1Nous les occidentaux.

2Une autre idéologie matérialiste, finalement proche du capitalisme, également porteuse de dogmes mortifère.

3In god we trust.

4C'est génial car chacun peut, s'il le désire et même s'il est complètement idiot, revendiquer cette appartenance, pour peu qu'il soit ni noir, ni jaune, ni basané.

07/03/2009

Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?

Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?

La messe est dite.

L'affaire semble entendue...

Voici venu le temps du grand basculement, du grand ménage, des remises en cause, des bilans, des constats et des décilliations.

Que s'est-il passé ? Pourquoi en sommes-nous arrivé là ?

Notre prolifération, notre avidité, notre folle vanité, notre volonté de repousser toujours plus loin tout ce qui ose contester notre divine supériorité, notre invulnérabilité, notre peur de manquer, notre aspiration inextinguible à posséder, a produit des systèmes d'une complexité et d'une puissance telle, qu'ils ont fini par échapper à tous contrôles.

C'est ainsi que l'armement nous a échappé (nous pouvons détruire plusieurs dizaines de fois la planète) tout comme la finance (sans commentaires), ou encore les objets.

Pour la première fois dans la courte histoire de l'humanité, ce ne sont plus nous qui possédons les objets mais les objets qui nous possèdent.

Tout a été organisé pour que le citoyen, réduit au rang de consommateur, satisfasse à sa nouvelle et unique fonction : consommer.

Consommer des biens matériels mais aussi de la culture, de l'éducation, du loisir...

Cet état mortifère produit de la détresse, ce que Bernard STIEGLER nomme la perte libidinale ou encore la misère esthétique (Jean BEAUDRILLARD)

Depuis la faillite « systémique » du capitalisme, chaque jour apporte son lot de surprises, d'inquiétudes, d'hébétudes, d'angoisses et de peurs.

Les « Cassandre » relèvent la tête, les idéologues se font discrets et les peuples se chargent de colère.

Pourtant nos armoires sont pleines, notre énième concentré de technologie est bien rangé sur l'étagère, le casque enserre nos oreilles et la carte magnétique est bien au chaud dans notre poche... Il nous reste pour compagne ultime : l'infini vide existentiel sur fond de culpabilité et de peurs diffuses,

Des peurs suscitées, instrumentalisées, entretenues, mises en « ob-scènes » qui s'épanouissent et migrent selon les faits divers, les actualités et les coups de projecteur.

Nous avons confondu « être » et « avoir ».

Nous avons « accepté » de nous voir réduit pour conjurer nos peurs et nous nous sommes perdus dans les méandres de la manipulation de masse et des injonctions contradictoires.

Peu à peu nous nous sommes vu dépossédés de nos savoir-faire et de notre savoir-vivre.

La cuisinothérapie est un outil qui a pour fonction de démêler les fils embrouillés de nos histoires dramatiques - remettre à l'endroit ce que nous nous sommes ingéniés à mettre à l'envers - regarder par delà nos peurs.

C'est un outil simple, accessible à tous, qui permet de reprendre l'initiative, se réconcilier avec soi-même et avec le monde.

Une méthode douce, non prescriptive pour rechercher et retrouver l'harmonie.

Comment un outil simple, une méthode douce accessible à tous, peut prétendre avoir la capacité de « remettre à l'endroit ce qui est à l'envers » ?

La difficulté est bien de considérer, dans le même mouvement ; le particulier et le général, le local et l'universel, l'individuel et le social...

Car nous savons que lorsqu'une personne souffre d'obésité ou de toute autre cause ; c'est l'ensemble du corps social qui souffre et qui est interrogé.

Les penseurs sont pléthoriques et les pensées foisonnantes. Les écrits font ployer les étagères des bibliothèques et tissent nombre de mailles du filet numérique. Les philosophes, les sociologues, les analystes et autres « sentinelles » n'en finissent pas d'explorer, de décortiquer, d'expliciter, de suggérer, de proposer...

Tous et tout concourt à tenter de répondre à cette question : « Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ? »

Fort heureusement nous avons, en réserve, en latence, un corpus politico-philosophique d'une richesse et d'une pertinence telle qu'il est possible d'imaginer les scénarios futurs.

Nous pourrions dire que nous avons l'embarras des choix possibles.

Or il faut bien qu'au « bout du compte », que « tous comptes fait », l'esprit retrouve les corps le quotidien et le faire ; être constructif et construire, commencer par un bout, trouver un angle d'attaque, passer du concept à la conceptualisation.

La cuisine, les aliments, sont des outils ordinaires extraordinairement chargés de sens, de symbolisme, d'affect qui permettent de redonner du sens et de la sapidité à notre environnement. (Encore nous faut-il acheter, préparer et manger des produits éco-logiques et sensés).

C'est la raison pour laquelle la réappropriation de son alimentation et de ses comportements alimentaires constitue la pierre angulaire de la cuisinothérapie.

Cette réappropriation s'inscrit aujourd'hui dans une urgence et concerne autant l'individu que la société.

La cuisinothérapie est donc, par essence, une démarche non prescriptive en rapport avec la maïeutique.

Chacun est à même de découvrir, pour peu qu'il soit aidé, ce qui va bien dans sa vie et son environnement et ce qui ne va pas.

Cette thérapie utilise ce qui nous est essentiel, ce qui nous est le plus commun et le plus quotidien.

Elle propose à la fois une méthode et un sursaut.

Elle incite à peser sur les produits, les producteurs, les distributeurs et tous ceux qui, au fil du temps, ont fini par nous imposer leur vision de ce qui serait bon pour eux, puis par extension pour nous, et pour finir, leur propre vision du monde.

Elle interroge nos pratiques, nos habitudes, nos distorsions entre nos aspirations, nos discours et nos comportements.

Ce que nous mangeons constitue un point fixe qui permet de se reconsidérer, de se réorienter et de revoir sa copie – changer de logiciel en quelque sorte.

La culpabilité comme la peur n'ont aucune place ici, pas plus d'ailleurs que la vertu ou la recherche d'une raison qui serait détachée de toute passion.

La cuisinothérapie devrait aider au sursaut, rejeter l'infâme statut de consommateur et redonner du sens et de la chair aux valeurs de solidarité, de fraternité, de partage, de convivialité.

- Échanger les valeurs industrielles contre les valeurs de l'esprit, le capitalisme du carbone contre celui de la connaissance (1) 

Gub

(1) En référence à l'ouvrage de Bernard STIEGLER – Ars industrialis, Réenchanter le monde, La valeur esprit contre le populisme industriel.

02/03/2009

Cuisinothérapie : l'obstacle épistémologique...

Je ne comprenais pas... Comment mettre en application, faire entrer la cuisinothérapie dans ma pratique et dans ma cuisine pour la faire partager ?

Au fil du temps et des recherches, j'avais défriché, balisé, découvert, analysé, compris, organisé nombres de données.

J'avais fini par acquérir une vision à peu près cohérente et suffisamment construite pour envisager de « mettre en œuvre  et en pratique » ce nouveau concept.

Impossible... Je tournais en rond au milieux de mes casseroles, de mes recettes, de mes références et de mes habitus de cuisinier, accessoirement formateur en cuisine.

La voie était pourtant tracée : consommer autrement, faire la cuisine à partir de produits à nouveau chargés de sens ; bio si possible, de saison, locaux..., s'interroger sur ce qui nous convient le mieux, rechercher l'harmonie et se réconcilier avec soi et le monde au travers de ce que nous mangeons.

J'ai pour ambition de prôner l'alimentation de suffisance en remplacement de l'alimentation de sur abondance. Réenchanter le monde en redécouvrant des émotions vraies, rares, particulières – des saveurs sensées, des repères jouissifs...

Vaste projet peut-être trop lourd pour mes épaules ; mais projet malgré tout, qui en vaut bien d'autres...

Je n'avais pas conscience qu'il me fallait commencer par me dépouiller de ma formation de cuisinier traditionnel : des années de sautés, de fonds de sauces, de fritures, de beurre ajouté à la crème, de déclinaisons complexes de produits plus ou moins exotiques, plus ou moins industrialisés, trop souvent insensés, des années de références aux fameuses 54 recettes traditionnelles de la cuisine françaises – solfège culinaire désuet, dogmatique et bientôt inscrit (figé dans le marbre) au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

Il me fallait renoncer à cet inquiétant phantasme « gastronomique », cet improbable Eldorado culinaire momifié, initié par Taillevent, Escofier, Brillat Savarin et d'autres icônes fondatrices.

Une dérisoire quête du graal qui agite encore quelques « grands chefs », aspirants ou reconnus, de ma génération.

Changer c'est d'abord renoncer.

Or le monde change et je dois changer avec - au risque de me perdre.

C'est le moins que je puisse faire pour prétendre former. Assumer ma part de responsabilité (certes limité) d'accompagner l'émergence d'une nouvelle société en utilisant ce que je maîtrise le mieux ; l'alimentation et les comportements alimentaires.

Tout changement pour un cuisinier « traditionnel » ne peut être que délicat - parfois dramatique.

Il me fallait donc commencer par renoncer à certaines émotions attendues. Celles provoquées par des stratagèmes, des fumets, des odeurs, des saveurs, des formes anciennes de mises en scène et en relief de mets.

Il s'agissait bien de changer de registre et d'accepter de reprogrammer ses gestes et ses sens :

l'odeur de la cuisson des légumes à la vapeur, les courtes sauces allégées, l'usage de graines, d'herbes et de certains épices... Autant de choses qui ne sont pas « a priori » séduisantes pour un cuisinier formé à la cuisine académique.

Autant de nouvelles pratiques qui ne manqueront pas, comme dans l'ancienne cuisine traditionnelle, de produire de nouveaux dogmes et de nouvelles traditions.

Pour faire entrer la cuisinothérapie dans la cuisine il me fallait donc oublier les excès rabelaisiens.

Retrouver Epicure et, avec lui, un peu de sagesse et de raison.

Résister par la même occasion aux chants des sirènes scienteuses : nutritionnistes, diététiciens et autres marchands du temple de l'alimentation...

Limiter les produits, les choix, les redondances et les apparats.

Faire simple et bon - bon et sain, sain et cohérent, cohérent et harmonieux...

Remettre à l'endroit ce que nous avons mis à l'envers pour de mystérieuses raisons qui, en dernière analyse, ont peu à voir avec la raison.

Gub

20/02/2009

EAT AND FORGET

Eat and forget

La nourriture entre dans le corps, s'assimile et devient du moi ; or ce dernier est méfiant à son égard comme s'il savait qu'il devait surveiller constamment la bouche, cette folle du logis, avec ses goûts étranges nécessitant constamment des efforts d'adaptabilité [...]

Quand rien n'est excitant, quand rien ne change, l'appel d'une révolution se fait entendre.[...]

La nourriture industrialisée fait partie de l'immobilisme vital, de l'impression de vivre constamment la même séquence dont le seul mouvement inscrit en filigrane est le vieillissement et la mort.

Dans cette société de consommation mortifère, hors valeurs de transcendance, le moi frileux, rigidifié et souffrant, refuse toute évolution considérée comme un risque majeur :

tout est du moi – moi, de l'inconnu, de l'étranger, tout est dangereux.

Même l'incorporation de mets étrangers se passe en transit, dans la négation d'une assimilation quelconque, sitôt avalés, sitôt déféqués : on ingurgite de l'aliment, on méconnaît ou, pis, on dégurgite les valeurs culturelles associées1.

D'ailleurs, la pensée elle-même se fige et s'industrialise dans les médias, sur un mode certes utilitaire mais stérile : le plaisir de manger, le plaisir de penser devraient susciter le même combat individualiste nécessaire à la survie mentale.

Qui chantera les délices de l'empirisme, du non-compris, du comment fait-on, délices de la fabrication culinaire ou mentale ?

Gisèle Harrus-Révidi – Psychanalyse de la gourmandise – P : 115 et 116

Éditions : Petite Bibliothèque Payot – janvier 1997

1Les pilotes de chasseurs bombardiers utilisent l'expression : « shoot and forget » expression visant à rendre plus supportable le fait de détruire une « cible » Nous pouvons paraphraser cette expression et la transformer en « eat and forget » pour rendre plus supportable le fait de manger « creux »

11/02/2009

Santé Mensonges et Propagande -Thierry SOUCAR - Isabelle ROBARD

Santé mensonges et propagande

Thierry Souccar et Isabelle Robard : Santé, mensonges et propagande

Enfin une étude sérieuse, libre et profondément honnête qui amène de l’eau au moulin de la cuisinothérapie.

« Nous avons fait un mauvais rêve.

L'industrie agroalimentaire poussait dans les assiettes de nos enfants des aliments soupçonnés depuis des années de conduire à l'obésité, au diabète, aux maladies cardiovasculaires et même au cancer. Elle sponsorisait les scientifiques chargés par le gouvernement de nous dire ce qu'il faut manger. Nos enfants étaient encouragés par la classe politique à consommer des aliments pour en écouler les surplus.

Des recommandations alimentaires qui auraient pu sauver des milliers de vie étaient étouffées pour satisfaire aux intérêts économiques de quelques multinationales.

Des agences gouvernementales de sécurité sanitaire interdisaient à des malades du sida l'accès à des produits nécessaires à leur survie.

Le gouvernement menaçait de prison des médecins et des commerçants pour avoir vendu des vitamines pourtant indispensables à la santé.

Des Antillais se voyaient interdire l'usage des plantes médicinales qui poussent sur leur île, en vertu de vieilles dispositions esclavagistes.

Sauf que ce n'est pas un mauvais rêve, mais la situation de notre beau pays telle que nous l'avons découverte au terme de trois années d'enquête, et telle que nous vous la restituons dans les pages qui suivent.

Mais disons d'abord ceci : nous sommes fatigués de souligner les dérapages de notre système sanitaire. Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons entrepris au printemps

2002 l

'écriture de ce livre, qui représente autant de jours et de soirées soustraits à nos proches.

Nous y avons été contraints par une sorte d'obligation morale face aux graves disfonctionnements que nous avons rencontrés, et aussi parce que nous avons la chance de disposer de tribunes médiatiques et de regards complémentaires sur le système de santé. Qu'on le veuille ou non, nous étions idéalement placés pour accomplir ce travail. Alors nous l'avons fait.

Quelques exemples de ce que nous avons trouvé ?

Les avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) revêtent parfois des contenus tellement aberrants qu'on se demande dans quelles circonstances ils ont bien pu être rédigés.

Parfois, ce qui plus grave encore, des avis ou des rapports sont rendus dans des conditions qui rappellent plus un procès inquisitorial qu'un débat équilibré mené dans la transparence.

Ou encore ceci : un petit groupe de médecins et de chercheurs issus du même creuset est en charge de la nutrition " officielle " française. Ce petit groupe entretient pourtant les meilleures relations avec quelques poids lourds de l'agroalimentaire.

Ces scientifiques, qui se font parfois le relais de messages douteux avec la bénédiction des ministères et des agences gouvernementales, constituent une menace pour l'équilibre de l'information à laquelle tous les Français ont droit.

Pour autant, on aurait tort de voir en ce livre une attaque en règle contre l'industrie et les experts avec lesquels elle collabore. Nous ne sommes pas choqués que l'industrie finance les études de chercheurs français. Un très grand nombre d'unités de recherche dépendent, pour leur développement, de ces fonds privés.

Nous ne sommes pas plus choqués que l'industrie enrôle ces mêmes scientifiques et experts pour cautionner ses messages comme c'est le cas chaque jour dans les salons et les congrès médicaux, les conférences de presse, les médias et même la publicité, mais à trois réserves près.

D'abord, restons vigilants sur les résultats des études sponsorisées. Il est établi que les chercheurs dont l'étude est financée par des intérêts privés sont quatre fois plus enclins à publier des résultats favorables à leur sponsor que lorsque le financement est indépendant. (1) Plus de mille articles scientifiques ont été décortiqués pour parvenir à cette conclusion.

Ensuite, exigeons des agences de publicité dont le métier est de promouvoir les produits alimentaires une communication véritablement éthique, comme nous devons l'exiger des experts qui collaborent avec ces agences. Comment accepter qu'une friandise au chocolat soit présentée comme un aliment santé de l'enfant sous le prétexte qu'elle contient du lait en poudre ?

Enfin, il est anormal que la collaboration entre experts et industries se poursuive lorsque ces mêmes experts sont amenés à formuler des recommandations officielles concernant la santé de tous. Il est anormal que ces recommandations soient directement ou indirectement influencées par les liens tissés de longue date avec tel groupe industriel ou telle organisation corporatiste. Il est anormal que le grand public ne soit pas tenu informé de ces liens, d'autant que les conseils de " bonne santé " sont parfois, on le verra, si peu soutenus par la recherche qu'ils risquent de faire le lit de l'obésité, du diabète et d'autres maladies chroniques.

Ce livre plaide pour une remise en cause aussi bien de certains messages nutritionnels que du système français d'expertise scientifique. D'autres pays, qui nous ont précédés dans cette démarche, nous y encouragent.

En octobre 2003, le Sénat des États-Unis a commencé l'audition de spécialistes de la nutrition qui réclament une refonte en profondeur des recommandations nutritionnelles en cours dans ce pays et de l'organisme qui les a établies. Parmi ces experts figure le professeur Walter Willett (université Harvard, Boston, Massachusetts), auquel ce livre doit beaucoup et qui depuis le début de l'année 2003 n'a pas ménagé ses critiques à l'encontre des conseils alimentaires en cours.

Aux États-Unis comme en France, ces conseils visent à augmenter la consommation de céréales et de féculents et à diminuer celle des graisses. Ce type de recommandation serait, selon le professeur Willett, responsable de l'épidémie d'obésité qui affecte les pays développés. "Lorsqu'on regarde certaines de ces recommandations, a déclaré Walter Willett aux sénateurs, on a l'impression que ceux qui les ont formulées ont oublié qu'on nourrit des hommes, pas des chevaux."

Le sénateur Peter Fitzgerald, représentant républicain de l'Illinois, souhaite faire voter un texte qui retirera au ministère de l'Agriculture des États-Unis la responsabilité des recommandations nutritionnelles. Le ministère de l'Agriculture soutient en effet les producteurs de céréales, de lait et de sucre, ce qui, selon le sénateur, conduit à un conflit d'intérêts. "Donner au ministère de l'Agriculture la mission d'édicter des conseils nutritionnels, estime Peter Fitzgerald, c'est un peu comme donner au renard la mission de diriger le poulailler."

Nous vous invitons dans ce livre à découvrir en France qui dirige le poulailler. »

Gub

09/02/2009

Volailles d'élevage bien élevées

 

Volailles d'élevage bien élevées

Moi, le citadin, logé en batterie entre béton et bitume, évoluant « hors sol»,  je n'ai plus de la nature que des souvenirs exotiques. 

Pourtant, j'ai eu la chance de rencontrer une paysanne (une vraie) qui élève des volailles selon des principes « éco-logiques ».

D'aucuns néophytes pourraient dire « à l'ancienne », mais nous voyons aussitôt que cette appellation est reliée au mieux ; aux élans poétiques frelatés des marchands de pâté, et au pire ; aux images désastreuses des antiques bouseux, sales et incultes.

Or ma paysanne est tout simplement respectueuses des animaux, de l'environnement, et de ses clients.

C'est une paysanne moderne, cultivée et critique, qui a compris beaucoup de choses concernant, en particulier, l'hystérie productiviste et qui refuse de faire n'importe quoi sous prétexte que le n'importe quoi serait plus rentable.

Marie (appelons-là Marie) ne souhaite rien d'autre que de vivre dignement de son métier

À force de travail, elle ne fait pas qu'exprimer un souhait.

Elle démontre que cette aspiration simple est parfaitement réaliste, et que pour produire de bonnes volailles et gagner correctement sa vie de cette activité, nul n'est besoin d'être un sadique pervers en les entassant dans des cages, en les gavant d'antibiotiques et de farines industrielles, en leur coupant becs et ergots.

A l'entendre, nous comprenons vite qu'avec du bon sens, un peu d'espace en plein air, de l'herbe, des petits cailloux, un peu d'aspirine, une alimentation à base de céréales, du temps, de l'attention et de solides connaissances réactualisées en permanence, tout va pour le mieux.

Le résultat est incontestable : ses produits sont tendres, fermes et gouteux.

Marie m'a fait part d'une expérience.

Elle sélectionne des souches « rustiques » pour son élevage

Des souches plus résistantes aux maladies qui nécessitent en contrepartie, plusieurs mois de croissance avant l'abattage (selon les espèces).

Un jour, elle a fait l'acquisition de poussins dits « souche à croissance rapide » - comme ça, pour voir...

Les six premières semaines les poussins se sont développés rapidement et sont devenus de beaux poulets bien gras et ronds de 1300 g environ.

Le mois suivant la vraie nature de ces animaux modifiés génétiquement s'est révélée.

Lorsqu'ils atteignirent l'âge canonique de 10 semaines environ, ils sont devenus de monstrueuses boules graisseuses et difformes, incapables de se déplacer normalement (encore n'étaient-ils pas élevés en batterie).

Il faut savoir que la durée de production d'un poulet de 1500 g (de souche à croissance rapide) est passée de 120 à 33 jours.

La date moyenne d'abattage est de six semaines.

Ces pauvres bêtes ne sont que des amas de souffrance.

Ce sont bien ces produits indignes que nous donnons à manger à nos enfants depuis des dizaines d'années.

Qu'en pensent nos médecins diététiciens adeptes (à les entendre) d'une alimentation saine et variée ?

J'entends déjà la FNSEA, quelques chercheurs de L'INRA, et d'autres, plus partisans dogmatiques encore acoquinés avec les lobbies de L'IAA (producteurs d'aliments pour les élevages, laboratoires pharmaceutiques et autres, accouveurs, grossistes, distributeurs...) m'expliquer que ces poulets sont l'objet de contrôles tatillons, qu'ils sont propres à la consommation, que ce sont les consommateurs qui « imposent » ces procédés pour des questions de prix, que l'explosion démographique..., qu'il faut que je m'estime heureux d'avoir encore de la volaille dans mon assiette, que je suis un nanti qui crache dans la soupe...

Bref, je suis à les entendre un idiot de consommateur...

Gub

27/01/2009

Cuisinothérapies : le vent en poupe

Pour une fois je suis bien dans l'axe.

La cuisinothérapie ne fait plus sourire.

Un groupe de recherche se constitue peu à peu et il est question d'interventions sur ce thème en Roumanie (nul n'est prophète en son pays)

Quelques éléments pour mes chers lecteurs numériques puissent se faire une idée de ce qu'est "ma" cuisinothérapie.

Il faut parfois accepter d'enfoncer les portes ouvertes...

Partout, de plus en plus, l'alimentation devient une préoccupation première.

400 personnes un jeudi soir pour le film suivit du débat -"Nos enfants nous accuseront"

C'est un signe tangible et rassurant.

Gub

La cuisinothérapie cognitive

L'alimentation, les comportements alimentaires.

Des outils pour se réconcilier avec son corps et avec le monde.

Approche holiste de l'alimentation et des comportements alimentaires qui se trouvent en lien avec un intérêt, une préoccupation première et universelle.

1/ Choix de la méthodologie clinique en cuisinothérapie.

1/a Toute recommandation prescriptive est contraire à l'éthique cuisinothérapeutique.

1/b Chacun est à-même de « savoir » ce qui est bon ou nocif pour lui et son entourage.

Le cuisinothérapeute a pour mission d'aider, de favoriser l'émergence de ce « savoir » au niveau conscient (conscientisation - maïeutique).

2/ La méthodologie clinique :

2/a Intervention du cuisinothérapeute sous forme d'entretiens avec la personne dans une interaction « libre » - narrateur/narrataire.

2/b Première transcription des entretiens.

2/c Restitution auprès de la personne (le narrateur) - (possibilité d'explications, de recadrage, d'explications...)

2/d Étude et analyse des transcriptions par le thérapeute.

2/e Échange avec le narrateur dans le but d'une co-construction d'un diagnostic.

3/ La mise en pratique

Faire la cuisine ensemble en prenant en compte les principaux composants du diagnostic.

3/a démontrer : par la pratique, par la mise en œuvre et la mise en scène, par le savoir être et le savoir faire, par le sens et la saveur, qu'il est possible et plus simple qu'on l'imagine généralement de se réapproprier son alimentation, et, au-delà, comprendre ses modes de consommation et son rapport au monde.

3/b Tisser les fils distendus d'un bon sens que nous pensions perdu.

La cuisinothérapie politique et sociale

L'alimentation, les comportements alimentaires

Peut-on reconquérir des espaces de liberté et de démocratie, remettre à l'endroit ce qui est à l'envers, par la ré appropriation de ces outils ?

Approche sociologique et politique de l'alimentation et des comportements alimentaires ou, les moyens permettant aux consommateurs de devenir consommacteurs.

  • Nous savons collectivement ce qui est bon pour nous et ce qui hypothèque gravement l'avenir.

Méthodologie en référence à l'enquête sociologique.

1/ Effectuer un état des lieux

1/a Que mangeons-nous : Quantitativement et qualitativement ?

1/b Où, Quand, Comment ?

2/ Analyse critique de la situation

2/a Détermination, repérage des enjeux économiques, politiques géopolitiques centrés sur la production et la commercialisation agroalimentaire.

2/b Géopolitique de l'alimentation et du goût. Les différentes options de production et de commercialisation.

2/c Les chemins de traverse expérimentaux.

2/d Vrais et faux discours.

2/e Les effets délétères de la jungle food plus ou moins fast, de la malnutrition d'abondance, et plus généralement des modèles de consommation imposés par les lobbies sur fond de mondialisation.

3/ La grande révolution alimentaire.

4/ Les possibles stratégies de réappropriation : faire avec, faire contre, faire sans, ou faire autrement ?

- 

C'est sûr, il y a du gras à moudre

Gub

02/11/2008

Cuisinier

Cuisinier artiste ; artiste cuisinier

Dans son oeuvre, l'artiste cuisinier est volubile.

Il se raconte, montre et théorise, il écrit, dessine et explique, peint et fournit le mode d'emploi, produit un événement et l'explicite.

Au contraire, le cuisinier-artiste, lui, la plupart du temps, s'installe sur le terrain de la pratique pure et consacre l'essentiel de son temps à faire, fabriquer.

Homo sapiens contre homo faber, le verbe déplié contre le silence observé.

Ceux qui viennent du monde des beaux-arts installent d'emblée l'activité culinaire dans le domaine esthétique, sur la terre des artistes ; ceux qui officient dans les cuisines sont plus modestes, moins bavards et demandent qu'on les laisse au fourneau.

Ce qui n'empêche pas qu'ils soient des hommes de l'art à part entière. (Michel ONFRAY -La raison gourmande)

Il n'est pas bon que le cuisinier participe au repas des convives.

Il doit se garder d'être trop visible et d'intervenir à table – ne pas être juge et partie – ne pas être jugé et pris à partie.

Le cuisinier dans sa cuisine est seul maître et compagnon en ce lieu.

Il doit décider de ce qu'il va donner à manger.

Personne n'a le droit d'intervenir dans sa démarche – au nom de quoi ? De quels principes ? De quelle légitimité pourrait-on se le permettre ?

Personne, même pas lui, ne peut prétendre détenir une quelconque vérité en matière d'émotions.

Il est donc seul maître et compagnon dans sa cuisine – ce n'est pas un privilège mais une servitude.

Il faut savoir « à minima » ce qu'est un métier et plus précisément ce métier, et si possible être cultivé et correctement éduqué pour comprendre cela.

Gub

27/09/2008

Cuisine - Art entropique

Je suis en forme ce matin. Pourtant il n'y avait plus de pain pour le petit déj. M'en fiche, je vais m'acheter des croissants tout chaud en allant au boulot.

Merci Gisou pour ton témoignage d'affection. J'ignore si c'est une bonne chose pour l'humanité souffrante dans le contexte actuel, mais ça m'encourage à poursuivre cette oeuvre absolument essentielle (tu as vu mes chevilles ?)

 

La cuisine, art entropique s'il en est. Art de l'acceptation démonstrative de cette énergie immanente qui est à la racine de la vie.

Le cuisinier, comme le judoka, « absorbe » et utilise cette force pour l'ajouter à sa propre force créative.

Tout cuisinier sait que toute mort est transformation, réinscription d'un objet organique éphémère dans le cycle éternel du vivant.

C'est l'une des raison pour laquelle sexe et nourriture sont des besoins fondamentaux de l'Homme.

Ils sont avers et revers d'une même médaille.

D'autre part, le cycle manger/être mangé (nous rejoignons ici les thèses de Gisèle Harrus-Révidi -Psychanalyse de la gourmandise - ) dans sa relation à la décomposition est éminemment métaphysique, expression de l'éternel retour du même, faite par tout un chacun qui ne parvient pas à se consoler d'avoir à le connaître.

«  Le processus de nutrition est révélateur de l'entropie qui montre l'éphémère à l'oeuvre, aussi bien dans le désir, qui peut ne pas durer, que dans sa satisfaction, qui elle, ne dure pas. Le perpétuel jeu d'aller et retour entre une aspiration qui travaille le corps et la satisfaction qui la suit désigne l'éternité du mouvement vital » - (Michel ONFRAY – La raison gourmande- )

Quand je vous dis que le monde est elliptique...

Ce n'est pas le tout des choux, mais je ne sais toujours pas ce que je vais faire à manger ce midi...

Gub

25/07/2008

La décadence libidinale (Bernard Stiegler)

Tout d'abord un grand merci à Bernard Stiegler pour l'ouverture qu'il propose au travers de sa vision du monde.
Je partage son point de vue ce qui ne favorise pas les nuits paisibles et n'empêche nullement le doute. 
Il est des jours où j'aimerais bien qu'il soit dans l'erreur
Je classe ses articles dans la rubrique "cuisinothérapie" car ils s'inscrivent parfaitement dans ce que j'appelle la "philosophie appliquée".
Une forme de trivialité que je souhaite réjouissante et roborative destinée (entre autre choses) à relier  la main au cerveau, la bouche à la peau de l'être aimé, le  goût à la saveur, le monde à sa banlieue...
Comment faire la cuisine ? Dès lors que nous avons à l'esprit ce constat terrifiant : 

- Nous sommes effectivement en pleine décadence libidinale .

Il est urgent d'en finir avec cette société égarée .

Le plus dur, le plus chargé de mort et de drames à venir étant, comme toujours, la transition :

cette rupture de tous les petits équilibres plus ou moins stables qui donnaient l'illusion de l'Equilibre et qui n'était, en réalité, qu'un trompe l'œil en abîme.   

La vérité est aussi, quelque part, dans le fond des casseroles.

Quarante ans que je bataille avec elles. 
Aujourd'hui j'ai le dos en compote, une tendinite récurrente dans la main et de plus en plus souvent le  rouge au front lorsque je vais faire mon marché.

Qu'importe après tout car l'important est que le combat continue et s'intensifie.

Gub

Entretien avec Bernard Stiegler récupéré sur un blog génial : mouvement. net

L’été dernier, Patrick Le Lay, PDG de TF1, déclarait que son métier consiste à « vendre à Coca Cola du temps de cerveau humain disponible ». Que vous inspirent ces propos ? Le plus étonnant n’est-il pas qu’il puisse le dire aussi clairement, sans aucune vergogne ?

 

« J’ai moi-même utilisé précisément cette expression, “sans vergogne”, pour qualifier ce discours honteux, qui est l’expression du nihilisme le plus accompli et le plus effroyable, et suscite ce sentiment de la “honte d’être un homme” dont parle Deleuze, citant Primo Levi.

C’est le nihilisme totalement réalisé, où celui qui le met en œuvre le fait en parfaite connaissance de cause.

En août 2000, dans un article pour Le Monde diplomatique, j’écrivais que les programmes ne servent qu’à attirer les consciences à vendre, et j’avais calculé combien valait une heure de conscience sur une chaîne généraliste nationale : 3 centimes d’euro.

Les “responsables” trouvent cela tout à fait normal. Je dis que ce sont des irresponsables : cette logique constitue un avilissement industriel et délibéré. On avilit les gens pour vendre et que tombent toutes barrières à la consommation.

Ce système produit ainsi un populisme économique qui est la véritable origine du populisme politique parce qu’il engendre une grande misère symbolique.

Mais le capitalisme est en train de se tirer une balle dans le pied en détruisant la libido.

Le capitalisme, comme toute organisation sociale, est une économie libidinale ; une manière de produire de la libido, de la capter, de la canaliser sur des objets et de socialiser ces objets.

Le problème est que la captation qu’opère le capitalisme détruit l’énergie libidinale.

De plus, cette captation est hégémoniquement orientée vers les objets du marché, ce qui induit une désocialisation des objets non-marchands.

C’est la véritable raison pour laquelle l’école et la famille sont en crise. Or, une société ne tient pas si elle ne cultive pas d’activités symboliques.

J’appelle “symbolique” une libido sublimée, c’est-à-dire qui ne s’investit pas par la consommation immédiate de son objet.

La manière dont le capitalisme industriel capte la libido des individus vise à la rendre calculable pour en faire une marchandise, et par une captation massificatrice qui la détruit (comme le fait TF1 sans vergogne).

La TV commerciale, pilotée de manière exclusive par la publicité, vise à ce que nous réagissions tous par les mêmes comportements de consommation.

Mais cela concerne tout le système des médias de masse par effet de domino. Or, le public ainsi massifié se standardise et chacun tend à perdre le sentiment de sa singularité, ce qui engendre un profond mal-être, un processus de débandade, une perte d’efficacité libidinale.

Du coup, les grands médias de masse atteignent de moins en moins le désir des individus et visent de plus en plus leurs pulsions.

Leur efficacité symbolique baissant toujours plus, ils “tirent” toujours plus bas : au niveau du pulsionnel brut. Ce qui fait de nous des brutes ou des abrutis.

 

La perte orchestrée de la libido signe donc la décadence de notre société…« Nous vivons, en ce début de XXIe siècle, une époque de déliaison des pulsions, et conséquemment de ruine de l’économie libidinale.

C’est extrêmement grave : une société qui n’arrive pas à produire de singularités n’a plus d’avenir.

Le singulier est de l’ordre de l’incalculable, et plus précisément de l’ordre de ce que j’appelle les plans de consistance.

L’être humain ne se contente pas de jouir de la satisfaction de ses besoins pour garantir sa subsistance : il est un désir, et en tant qu’il a des désirs, il veut être aussi et surtout une existence, c’est-à-dire symboliser.

Pour cela, il faut que le plan de l’existence – qui n’est donc pas celui de la subsistance – accède à un autre plan : le plan de la consistance.

Pour que mon existence soit une existence, pour qu’elle se distingue du plan de la subsistance, il faut qu’elle soit en relation avec des choses qui n’existent pas.

Des siècles durant on a cru à Dieu, puis à d’autres choses, aux idéalités, à la Révolution, à la justice, à l’émancipation, au progrès, toutes choses sublimes.

C’est ce qui est en cours de liquidation. Or, une société qui n’a pas de tels plans de consistance est condamnée. C’est pourquoi je parle de décadence des démocraties industrielles.

Nous vivons dans une société qui a organisé toute son économie symbolique pour capter la libido des consommateurs, mais en captant cette libido, elle a rabattu les existences sur le plan de la subsistance, ce qui est un avilissement.

L’économie libidinale de ce système de consommation et de production est épuisée : elle arrive en fin de course. Il faut donc inventer un autre modèle. Là est la tâche, avant toute autre.

 

Vous évoquez cette logique industrielle d’avilissement, qui peut susciter un rejet de type moral, mais la difficulté n’est-elle pas de saisir comment s’articule à cette logique un discours d’accompagnement que l’on pourrait dire désirant, libertaire ? Comment s’articulent ces apparentes contradictions ?

 

« Il y a bien sûr et heureusement des contre-phénomènes. Mais ce ne sont la plupart du temps que des phénomènes de compensation.

Ces phénomènes donnent cependant à espérer. Dans mon nouveau livre, La catastrophè du sensible, j’essaie de montrer que toute société organise un circuit de don et de contre-don (c’est le sens souffrant de l’émotion provoquée par le tsunami).

L’actuelle organisation industrielle de la captation de la libido ne permet plus le contre-don et engendre ce que Leroi-Gourhan appela la perte de participation, tout en affirmant qu’il faut “participer pour sentir” : la perte de participation engendre nécessairement une société anesthésiée – et qui débande.

Vous consommez, mais vous ne rendez pas, vous n’avez plus aucune possibilité d’être inscrit dans un circuit d’échange symbolique.

Il en résulte une structure addictive de la consommation : votre manque d’existence vous incite à consommer encore plus, ce qui aggrave encore votre manque d’existence.

C’est l’organisation du manque et de la dépendance, mais aussi des déviances qui les accompagnent toujours.

Il y a des phénomènes de compensation idéologiques : par exemple, affirmer de façon jubilatoire que le capitalisme d’essence libertaire offre toujours de nouvelles possibilités. Et il est bien vrai que le capital développe des technologies qui contredisent la tendance que je décrivais tout à l’heure.

C’est aussi le capitalisme qui permet d’imaginer les contre-modèles de cette société de masse.

Mais, au stade actuel, ces contre-modèles restent des leurres.

Quand on nous dit : “Vous voyez bien qu’avec Amazon.com ou avec Google, vous pouvez personnaliser vos désirs”, ce n’est pas du tout une alternative à la massification, c’est un développement extrême de ce qu’on appelle dans le marketing le one to one et l’hypersegmentation des niches et des cibles atteintes par des armes d’une extrême précision.

On peut alors viser aussi bien 15 millions de personnes que 500, voire 50, qui constituent un marché solvable, et dont les singularités sont catégorisées en “tribus” : le singulier est ainsi transformé en particulier.

Le problème du capitalisme est de pouvoir calculer. Pendant un siècle et demi, il a concrétisé dans des machines les calculs en vue d’obtenir des gains de productivité, désingularisant le travail et transformant l’ouvrier en prolétaire, en le privant de ses savoir-faire. Au cours du XXe siècle, l’enjeu est devenu de calculer les comportements, de contrôler les modes de vie, de les transformer en modes d’emploi, et de les désingulariser en expropriant le consommateur de ses savoir-vivre : privé de savoir-vivre qui lui soit propre, il ne résiste pas à l’offre du marché, qui lui “propose” des comportements qui ne sont plus des savoir-vivre, parce qu’il n’a plus de savoir. Savoir vivre, c’est savoir quelque chose, c’est-à-dire exister.

Une telle société est très fragile. Les gens qui la composent, soumis à la pure subsistance, n’adhèrent plus à leurs modes de vie, qui ne sont plus que des modes, justement.

 

Jean-Marc LACHAUD

 

07/07/2008

La vie ! La vie ! La vie en philosophie !!!

Corps et culture n° 2

Hédonisme philosophique matérialiste et philosophie du goût et de l'odorat

Jacques Gleyse

A propos de l'oeuvre "gourmande" de Michel ONFRAY

[        ] C’est pourtant un émoi gastronomique, bien loin des Pétrus, Cheval-Blanc, Ausone et autres Latour et Lafite qui installe le texte dans la perspective d’une réhabilitation du goût au plan philosophique : « L’idée me vint comme un éclair, fulgurant de l’endroit où elle était : dans les limbes, la mémoire de l’enfant que je fus. Mon meilleur souvenir gastronomique, c’était une fraise dans le jardin de mon père.

La journée avait été chaude, un été. Les fraises étaient gorgées de cette chaleur qui brûle les fruits jusqu’au cœur où il sont tièdes.[...]

Mon père m’a invité à la passer sous l’eau, selon son expression, pour la nettoyer et la rafraîchir.[...] Lorsque je mis la fraise en bouche, elle était fraîche sur sa surface et chaude en son âme, peau douce presque froide, chair tempérée.

Ecrasée sous mon palais, elle se fit liquide qui inonda ma gorge. J’ai fermé les yeux [...] je fus cette fraise, une pure et simple saveur répandue dans l’univers et contenue dans ma chair d’enfant » (Onfray M., 1995 : 22).

Tout est dit ou presque.

On est bien loin de La critique de la raison pure, des Méditations métaphysiques ou de l’allégorie platonicienne de la caverne.

C’est ici encore, mais sous d’autre formes, le jouir qui est cardinal, le corps qui est premier. C’est la réhabilitation et le triomphe des sens dévalorisés par la plupart des philosophes classiques. Surtout, l’existence dicte ses lois à l’essence.

Enfin une bouffée d'oxygène dans notre univers paramétré !

Plus que jamais, en ces temps sarkosistes, les professeurs se confondent avec les austères façades décrépies des écoles casernes. Ils n'en finissent pas de faire des ronds de jambes et de tortiller du cul pour s'inscrire dans la morne conformité ambiante.Ils se veulent consensuels, la sensualité en moins...

Classiques contre modernes, républicains contre pédagogues - Circulez ! Rien de nouveau depuis Condorcet...

Les pédagogies nouvelles sont vieillissantes et Célestin Freinet comme Montesorie sont englués dans la vase du snobisme bourgeois .

Voici donc nos hussards de la république. Blanchis sous les programmes, perdus dans le fatras des prescriptions, des circulaires, des recommandations, des angoisses parentales, des inspections...

ils sont fatigués, usés par trop de réformes, de contre réformes, d'enfant que l'on voudrait précoces mais que personne n'écoute ce que leur génie raconte..., de parents infantilisés sous-doués, de basses manœuvres politiciennes, de jeunes cons déjà vieux, de vieux cons qui voudraient faire jeunes, de dogmes, de trucs, de machins, de programmes imbéciles, d'IUFM, de déprogrammations...

Au fil du temps, ils se sont peu à peu transformés en cantinières de la république suivant, à leur corps défendant, les "élites" droitières, conformistes et  décadentes.

Qui peut oser aujourd'hui la moindre transgression ? Le contrôle social est omniprésent. 

Tout juste s'autorise-t-on parfois un pet de rosière  au fond du jardin...

- Un risque inconsidéré apte à troubler le sommeil des plus vaillant d'entre-nous. 

- Il faut bien l'admettre : les professeurs sont généralement de bien tristes personnages.

Ils sont si désabusés qu'ils ont réussi à dégouter de la géographie, des sciences, de la philosophie ou encore des mathématiques, des générations d'élèves. 

Pour notre plus grand malheur, ils se sont même piqués d'éducation sexuelle.

L'amour enseigné aux adolescents par ces pédagogues de mes deux a, soyez-en sûr, des conséquences désastreuses sur leur santé morale et la pyramide des âges.

Seuls les ayatollahs,  les grenouilles de bénitiers et autres moralistes honteux peuvent s'en  réjouir.

C'est sûr, c'est la débandade...

Gub