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août 2008

22/08/2008

Néosynarchie 13

    Pendant qu’il se remettait de ses émotions, des piqûres purulentes d'insectes, de la malaria, d’un choriza séreux, des amibes vribrouillantes, de la déripette pernicieuse et de sa vilaine foulure, il publia un traité de philosophie politique rédigé sur son lit d’hôpital et intitulé : « le faire chier : guide à l’usage des citoyens désireux d’engager une dynamique sociétale constructiviste de mes deux »

 

Cet essai, rédigé entre deux accès de fièvre (et parfois aussi pendant) est particulièrement visionnaire et irrévérencieux.

Véritable brûlot iconoclaste il fait toujours l’objet d’une censure implacable, ce qui explique qu’il est très difficile de se le procurer(1)

 

C’est un homme tout neuf, débarrassé des sangsues, des morpions et d’une compagne occasionnelle qui voulait absolument l’adopter définitivement après l'avoir présenté à ses parents, qui quitta précipitamment ce havre de paix tout relatif sans demander la note.

Comme d'habitude, Tiliti Pinpin avait en tête plein de projets lumineux afin de tirer profit des situations les plus délétères.

Lorsqu’on a sa tête mise à prix en Colombie, il est indispensable de disposer de ressources financières conséquentes afin de s’attirer les bonnes grâces des diverses milices locales.

Être convalescent près de Medellin s’avéra très onéreux et son compte en banque local s’en trouva fortement affecté, une fois qu’il eut réglé les émoluments de ses gardes du corps, ainsi que les petits à côté de nombre de fonctionnaires locaux.

Tirliti Pinpin n’était jamais, ni à cours d’imagination, ni de ressources. Il savait tirer profit de ses expériences et de son don de l’observation pour découvrir les niches commerciales les plus lucratives.

Qui plus est, il était hors de question pour lui de toucher à son livret A. de la caisse d’épargne, dont le taux venait justement d'être relevé d'un demi point.

C’est ainsi qu’il obtint l’exclusivité de l’importation et de la diffusion de l’essence de citronnelle, ainsi que celle des pinces à échardes en inox et des petits cœurs en plastiques qui s’allument et sur lesquels on peut lire, « te quiero mi amor », ou encore  « Hijo de puta » 

Pour diversifier ses sources de profit il fit également l’acquisition de l’exclusivité de l’édition et de la diffusion du petit livre rouge de Mao Tse Toung pour les États Unis et le Canada réunis.

Son initiative la plus désintéressée et la plus romantique fut cependant cette réunion tripartite en présence du gendre du beau frère de la fille de Fidel Castro et d’une superbe dompteuse d’éléphants cubaine dont il était fol amoureux, et qui avait besoin d’une autorisation de sortie de territoire pour exercer son métier.

 

Un beau matin il se décida à quitter la Colombie, qui était devenue à la longue d’un ennui et d'une toxicité mortelle, pour retrouver Babygros Skud en sa retraite africaine. Son ancien et très cher compagnon d’internat  était, une fois encore, en délicatesse avec la France.

Comment décrire Babygros Skud ?

C’est ma foi une bonne question car je sais que vous me l’auriez posée tôt ou tard.

Imaginez Lino Ventura en plus grand (près de deux mètres) avec de fines cicatrices sur la figure et un œil qui rigole pendant que l’autre semble réfléchir à la meilleure façon de vous dépecer.

Babygros Skud squattait depuis quelque temps le dernier étage de l’hôtel « P. de Madre de Dios » à San Pedro.

Il se remettait péniblement de son aventure au Soudan et devait éviter à tous prix de se trouver à plus de vingt mètres des W.C.

Pour tenter de parfaire sa culture tout en se changeant un peu les idées. Il avait entrepris de fréquenter les artistes, de préférence maudits.

Il leur offrait volontiers le voyage et l’hébergement, car à San Pedro les artistes locaux sont très rares et très conceptuels.

La majorité de ceux qui restent travaillant principalement au 9 mm ou à l’explosif.

Cette technique particulière faisait des ravages et il faut bien admettre que cette approche artistique nihiliste s’avérait un peu stressante à la longue.

Cette nouvelle orientation culturelle lui donna l’occasion de découvrir une faune constamment en recherche d’inspiration et d’ivresse.

La plupart d’entre eux semblant se contenter de l’ivresse.

Malgré de louables efforts, Babygros Skud se révéla totalement hermétique à la créativité artistique ainsi qu’aux discours critiques et autres analyses concernant l’Art en général.

Il se faisait livrer, malgré tout, de nombreuses revues imprimées sur papier glacé dans lesquelles d’éminents spécialistes acceptaient de partager leurs doctes analyses avec les abonnés.

Babygros Skud allait toujours au bout de sa démarche quel qu'en puisse être le prix. C'est ainsi qu'il se faisait un devoir de les compulser avant de s’endormir.

Plus il s’aventurait dans les labyrinthes abscons du petit monde de la créativité, et plus son esprit cartésien se heurtait aux subtilités des différents courants artistiques postmodernes.

Il était profondément attaché à une certaine conception de l’ordre et les extravagances exposées à l’envie le laissaient perplexe.

Tant il est vrai qu’il n’y a de culture que de contre-culture ; tout le reste n’étant que discours idéologique et propagande.

C’était précisément ce qu’il recherchait car rien n’est intellectuellement plus reposant et confortable que de ne pas avoir d’opinion ni de position à défendre face à des excités déterminés à vous convaincre. (Heureux les esprits simples !)

Ce soir là il éprouva une grande jouissance à la lecture d’un article de Jean Antoine Vilebrequin qui se résumait ainsi :

- « Enfin ! Nous pouvons dire que, par la grâce de l’extraordinaire intuition étonnamment visionnaire du plasticien de la matière résiduelle Martin Klaus Hoegarden, les sophismes voués jadis systématiquement au pilori, retrouvent, en périphérie, leur droit de cité et ne sont plus réputés définitivement tératologiques » (Art News of the Underground World of my both balls)

 

Son sommeil se promettait d’être paisible.

En vérité, sa seule véritable passion était l’aventure, le risque et les armes. Autant de sucreries dont il devait se passer pour l'instant. 

Pour l’heure il observait les mouches en se demandant comment elles se débrouillaient pour ne pas se prendre les pales du ventilo. tout en copulant en plein vol.

Tirliti Pinpin voyait bien que son copain commençait à s’ennuyer sérieusement.

 

  • Tu trouves choquant que je sois devenu un chien de guerre ?

 

  • Je ne sais pas, je n’y ai pas vraiment réfléchi.

  • Tu as tué beaucoup de gens ?

 

  • Ce qui compte mon p’tit gars c’est la première personne que l’on tue, peu importe le nombre ensuite.

  • La première est celle qui fait basculer ta vie. Tu ne l’oublies jamais. Ensuite c’est de la comptabilité.

 

Babygros Skud, d’habitude si avare de mots, semblait éprouver le besoin de parler comme pour exister auprès de ce garçon de deux années plus jeune que lui. Le joint qu’il fumait n’était sans doute pas étranger à cette disposition exceptionnelle.

 

  • Tu as tant de choses à apprendre fiston (Tirliti Pinpin commençait à le trouver vraiment lourd !).

  • Il faudra que je te raconte un jour l’histoire de ce pilote mort de ne… Qu’est-ce que je raconte moi ? L'histoire de ce pilote d’essai d’avion furtif expérimental.

  • Ça se passait dans une base aérienne perdue en plein désert yéménite.

  • J’étais alors apprenti stagiaire, intégré au dispositif expérimental de sécurité.

  • Autant dire que je n’avais pas grand chose à faire vu que nous avions perdu la notice et que personne n’a été capable de nous expliquer en quoi ça pouvait bien consister.

  • Mon chef était plutôt sympathique, genre très pro, taciturne et volontiers blagueur. Il était en fin de carrière et en milieu de cirrhose. Il avait dû faire une grosse connerie pour se retrouver muté avec moi dans ce trou du cul du monde. 

  • C'était un besogneux qui revenait parfois le matin, on ne sait d’où, avec des têtes de convoyeurs d’esclaves dans son sac.

  • Il les mettait à sécher au soleil accrochés au grillage entourant la base et déclarait que c’était plus dissuasif qu’une arsouille de sentinelle, et qu’une fois sèches c’était très kitch comme presse papier.

  • Ce jour là, comme d’habitude, il faisait une chaleur d’enfer.

  • J’attaquais courageusement mon deuxième pack de bières quand soudain ! Qu’est-ce que je vois ?

  • Un pilote qui courait comme un fou dans tous les sens, en plein soleil et qui cherchait son avion en gueulant comme un gradé dégradé.

 

  • « Il était là ! Je vous dis qu’il était là ! Vous l’avez certainement vu. C’est un avion tout gris avec des ailes delta et un pif à facettes. »

  • « Mais si ! Vous savez bien ! C’est une putain de merde volante qui pisse le kérosène au décollage ! Arrêtez vos conneries les mecs, c’est plus drôle ! Allez, soyez sympa, fézé pas les cons. »

 

  • Au bout d’une semaine Il a fallu l’abattre.

  • Tu comprends fiston, nous autres les mercenaires nous sommes des êtres humains sensibles et compatissants qu'il ne faut pas trop faire chier.

  • Il souffrait trop, il était devenu complètement aphone et il menaçait tous ceux qui croisaient son chemin avec un seau de peinture fluorescente !

  • Autant dire que non seulement il commençait à nous saper le moral mais qu'en plus il était devenu limite dangereux.

  • J’en ai toujours eu du regret parce que je savais où il était son avion ! Mais la consigne était implacable ; il devait le retrouver par lui-même sinon c’était pas du jeu.

  • Pour la petite histoire, le jet en question n’a jamais obtenu les agréments pour voler.

  • La furtivité doit sans doute avoir des limites…

 

Un voile troubla son regard. Il tripotait le pansement qu’il avait sur le doigt : souvenir cuisant d’un coup de ciseau maladroit.

 

  • Sais-tu seulement que c’est la vodka et le manque chronique de papier hygiénique qui ont mis le rideau de fer par terre ?

  • C’est comme je te le dis fiston ! Surtout le manque de P.Q. !

 

Il tirait sur son énorme pétard en oubliant de le faire passer comme l’exige le savoir-vivre.

 

  • Je connais une oasis où les femmes sont si belles, l’eau si pure, les palmiers si hauts et les rires d’enfants si joyeux qu’une armée s’y est perdue et se transforme chaque matin en perles de rosée…

 

Il abattit sa grosse paluche sur une mouche et le cendrier s’éparpilla sur le plancher.

La mouche se posa en rigolant sur son épaule car à San Pedro ces diptères sont réputés pour leur vivacité et leur espièglerie.

De grosses larmes coulaient maintenant sur ses joues.

 

  • Sais-tu mon enfant, que le commerce, le tourisme et la guerre sont les trois seules possibilités qu’ont les peuples de se rencontrer ?

  • J’ai choisi la guerre car c’est beaucoup moins cruel et nocif que le tourisme et moins dégueu que le commerce.

  • Personne ne dira jamais assez le mal que peut faire un groupe de touristes armés de caméras vidéo et de cartes de crédits.

 

Il parlait lentement d’une voix si basse qu’elle en était presque inaudible. Il ne cherchait pas ses mots et témoignait d’une intense et douloureuse émotion.

    Viens ! Il faut que je te montre quelque chose.

 

  • Tu es sûr que ça va ?

 

Il l’entraîna sur sa 500 à travers les ruelles de San Pedro en direction des hauts de la ville.

Ils sortirent des faubourgs misérables et s’engagèrent sur leur droite, vers un petit pont qui traversait un ruisseau fangeux.

L’odeur était insupportable. Ils se trouvaient maintenant dans un village posé sur un immense dépotoir.

Tout ce que la ville rejetait était réuni en ce lieu :  emballages, déchets de toute nature, mendiants et traîne misère.

Les habitations étaient fabriquées selon les critères universels du dénuement.

Les gosses pataugeaient en riant dans les flaques d’eau et de petits cochons noirs se disputaient une charogne avec des chiens galeux.

Tirliti Pinpin fit remarquer à son compagnon que certains enfants étaient borgnes ou aveugles.

 

  • Pièces détachées

 

A la porte des baraques de vieilles femmes édentées nous interpellaient pour savoir ce qui leur valait l’honneur de notre visite, et nous offrir un café ou l’une de leur fille.

La misère est partout la même : crasseuse, désespérante.

 

Un homme courait devant nous. Il allait ouvrir le « café, bordel » du village et réveiller les filles.

Nous étions sans aucun doute beaucoup trop en avance pour une virée en enfer, mais des gringos c’est toujours bon pour le commerce.

De très jeunes filles nous accueillirent effectivement en baillant : tenue de travial minimalistes, maquillées à outrance, les seins déjà flétris.

 

  • Que quieres beber senores?

  • What do you want to drink ?

  • Do you want fucky, fucky with a nice girl? Cheap price, very cheap price!

 

Une dizaine de tables, des tabourets de bois, pas de fenêtres, des néons coloriés pour faire ambiance, deux gros ventilateurs crasseux au plafond, des posters, des pubs, des fanions, des cartes postales envoyées par des militaires en goguette, des photos de filles à poils et de mecs virils : tatouages et cheveux raz, la statue de la vierge qui est si bonne et si malheureuse, un grand miroir fêlé et, au fond de la pièce, un bar semblable à tous les bars avec son tiroir caisse et les bouteilles sur des étagères un peu bancales.

A gauche du bar, la porte des chiottes et à droite un rideau de perles s’ouvrant sur le couloir des chambres avec, au-dessus, un panneau indiquant le tarif (cinq dollars )

C’était moche, ça puait et ça foutait la déprime…

Le type qui courait devant nous était maintenant à son poste.

Il était borgne et couturé de cicatrices. Il servait les bières et avait mis la musique à gueuler.

Pas vraiment le genre à poser des questions ni à s’en poser. Il disposait très certainement d’un arsenal rangé juste en dessous du tiroir caisse.

Etrangement, il semblait connaître Babygros Skud mais il était impossible de savoir s’il l’appréciait ou non. Babygros Skud se pencha à son oreille et lui glissa une liasse de dollars dans la poche de sa chemise.

 

C’est bon, on se tire, à moins que tu veuilles consommer, auquel cas mets deux capotes l’une sur l’autre.

 

  • Non merci, sans façons !

 

Il jeta une poignée de billets vers les filles pour dégager la voie puis nous fîmes le chemin en sens inverse sans trop nous presser.

Tirliti Pinpin apprit par la suite que Babygros Skud craignait beaucoup le mauvais œil que ces filles pouvaient lui envoyer. Il faisait donc tout son possible pour ne pas les contrarier.

 

  • D’après toi combien vaut la vie d’un homme ?

  • Ici ça vaut cinquante dollars et crois moi c’est bien payé !

 

Tirliti Pinpin se prit d’une vraie passion pour l’art.

(1)Il faut reconnaître que cet ouvrage, à prétention didactique, jugé trop intello, mal structuré, sans humour, fumeux, pontifiant et pour tout dire en plein accord avec l’intitulé, connut un succès très mitigé. Tirliti Pinpin avait pourtant fait appel au gendre de B.H.L. pour le préfacer, mais ce fut manifestement insuffisant.

Pour augmenter sa diffusion, il le fit traduire en yiddish par un ami un peu juif Sépharade en cours de traitement psychanalytique avec une nymphomane lacanienne ce qui, vous en conviendrez, est un euphémisme ! NDE.

(2)Toute la vie est conditionnée par ces choix innocents si, ce jour là, nous avions pris à gauche nous nous serions retrouvés sur la falaise surplombant l’océan entourée de green de golf au milieu des palaces mais, quand bien même j’eusse préféré cet endroit, il se trouvait que BABYGROS SKUD n’avait décidément vraiment rien à faire dans cette direction.
(NDA)

A suivre...

 

21/08/2008

Néosynarchie 12

Histoire consternante du baron HUBERT-MARIE-ANTHELME de TIRLITI PINPIN de H.

 

Le Baron Tirliti Pinpin de H. était un personnage pour le moins atypique.

Il était le digne héritier d’une ancienne et noble famille bretonne reconvertie dans l’agro alimentaire et la fabrication des embrayages de camions. Il disposait d’une fortune considérable qu’il gérait avec compétence et bonheur.

Suprême luxe ou insolente marque de suffisance, il ne parlait jamais d’argent et faisait généralement passer les considérations matérielles au dernier plan.

Tirliti Pinpin était un enfant précoce qui avait achevé, sans trop de peine, de brillantes et onéreuses études dans une prestigieuse institution privée, Suisses de surcroît.

Son père lui fut reconnaissant de n’avoir pas eu la nécessité d’acheter cette école pour qu’il soit le  major de sa promotion et lui pardonna la plupart de ses frasques par la suite.

Tirliti Pinpin, n’ayant pas la consternante nécessité de gagner sa vie, entreprit d’essayer de la remplir de bric et de broc en s’inscrivant tout naturellement dans la dynamique du « faire ». Oubliant au passage les verbes savoir et être.

C'est un fait incontestable : tout homme est un bipède poilu, nécessairement velléitaire, naturellement faisant et souvent malfaisant, car obstinément attaché à plumer ses semblables.

Comme le font beaucoup de d’jeun’s issus de familles bourgeoises, il voulut s’encanailler un peu pour tenter de repérer ses limites et, accessoirement, de fêter la fin de ses études et sa liberté toute neuve.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, on ne fait pas tout ce qu’on veut dans les écoles privées.

Il y a un règlement intérieur qui fait 342 pages et dont il faut lire et parapher chaque page avec ses initiales. Il faut aussi les signer en trois exemplaires après avoir écrit « lu et approuvé », pour dire qu’on est d’accord avec.

Si on ne fait pas tout bien ce qui est écrit dedans, je ne vous raconte même pas les punitions comme elles sont sévères ! Que ce n’est même pas la peine !

Une fois libéré de cet enfer, c’est clairement à un rituel initiatique qu’il accepta de se soumettre (parfois à son corps défendant) pour accéder et être reconnu dans le monde sérieux et responsable des adultes.

Tirliti Pinpin commença par acheter une penthouse à Monaco et entreprit de mener une vie de patachon.(1)

 

Mener une vie de patachon n'est pas à la portée du premier fils d'ouvrier venu.

Pour qu'elle soit réussie, il faut :

 

  • Une belle gueule de jeune premier avec une mèche rebelle qui tombe sur le front.

  • Du fric, du blé, de la maille, de l’oseille comme s'il en pleuvait, et un banquier complaisant aux nerfs d’acier.

  • Une voiture de sport de préférence rouge et décapotable.

  • Si possible un yacht ou un jet privé ou à défaut le père d’un copain qui en possède un et qui veut bien le prêter.

  • S’entourer de superbes filles qui le valent bien.

  • Des préservatifs sur mesure et gravés à son nom dans la boite à gants.

  • Il est aussi très recommandé d’avoir un foie et des poumons performants, une intelligence très moyennes et de fréquenter assidûment quelques clubs privés et des tenanciers de boites de nuit à la mode.

 


A part la mèche de cheveux, Tirliti Pinpin possédait tout le reste et pouvait donc se livrer sans complexe au patachonisme le plus débridé. Ce qu’il ne manqua pas de faire.

Il faut savoir aussi que le patachon est rapidement couvert de parasites hématophages dont il lui est très difficile de se débarrasser.

Un soir il fut troublé par l’image que lui renvoya son miroir, alors qu’il se préparait pour une nuit blanche avec des bulles, des paillettes et tout un programme sulfureux principalement composé de plaisirs réputés interdits en compagnie de voluptueuses amazones siliconées, piquées au botox et blushées à la coke.

 

  • Oh ! Miroir, gentil miroir, ne suis-je pas vraiment trop ? Autant dire le plus cool et le plus kiffant des garçons ?

 

  • Désolé mec, lui répondit son reflet sur un ton glacial et tranchant qui lui fit froid dans le dos.

  • Tu n’es qu’un sale con prétentieux ! Regarde un peu ta gueule de giton dépravé pour t’en convaincre.

  • Vise un peu ton torse qui se creuse et ton bide qui pointe !

  • C’est une misère de te voir te transformer ainsi en giton dépravé !

 

Le choc fut violent.

Il sortit dare-dare pour faire le plein de provisions, dévalisa une librairie, un super marché spécialisé dans les produits bio, vida dans l’évier quelques grands crus millésimes "classés défonce" et s’enferma à double tours après avoir décroché l’interphone et le téléphone.

Cette réclusion volontaire lui fut extrêmement salutaire et se prolongea durant trois mois. Il buvait du jus de carottes en lisant Albert et Jacqueline COHEN, Evelyne REBERG, Michel SERRES, SPINOZA, René CHAR, GUB, Omar MATHUEZ et quelques autres écrivains talentueux mais aussi un peu chiants pour certains d'entre eux (les laxatifs faisant partie du traitement).

 

L’un des avantages de la jeunesse est de recouvrer rapidement la santé.

Aussi, décida-t-il de sortir de sa retraite dès qu’il eut terminé de rédiger sa dernière fiche de lecture et qu’il estima que les séances de musculation devenaient par trop masturbatoires.

Manifestement sa silhouette correspondait à nouveau aux attentes supposées des copines.

Il était déterminé à donner un sens plus fort et plus exotique à sa vie en s’impliquant corps et âme dans les milieux politiques extrémistes(2)

Il troqua donc son coupé cabriolet rose carrossé par Enzo VIAGRATTI contre un 4/4 vert kaki, décoré de taches de boue provenant d’Amazonie centrale et cabossé par WISEMBERG, « the stylistic panicfashion » incontournable génial créateur du « New César Age ».

Il changea aussi ses complets vestons en soie sauvage de chez TORIGAÏE contre des tenues plus sport de chez NIKEDOUILLE en grosse toile de coton du Nil et rabats en croco avec des poches partout. Le même que portent les journalistes accrédités correspondants de guerre qui passent à la télé pendant que les féroces combattants font des petits signes rigolos à la caméra.

Ce militantisme subversif ainsi ostensiblement affiché et son allure de baroudeur distingué lui assurèrent un regain de popularité dans les salons privés de la « jet set »

  • « Pensez donc ! Un jeune aventurier si chaaarmant, si tout plein de sève et de fougue !

  • Diplômé de l’école calviniste de Lausanne et anarchiste de surcroît !

  • C’est tout simplement « too much ! » N’est-ce pas ma chère ? »

 

Quitte à s'engager, il prit en charge la présidence de la section Bakounine monégasque et participa au comité de rédaction (en réalité, il était seul) de l’hebdo subversif « Monacoco dimanche ».

Il finit par lasser les autorités locales le jour où il s’exhiba nu, juché sur le capot d’une « Xantia », devant l’entrée d’honneur du palais en brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Les Grimaldi sont des vampires buveurs de sang »

Pour l’occasion il avait pris soin de prévenir des copains journalistes afin de médiatiser ce happening sauvage.

C’est ainsi que le monde entier a pu constater en couleurs qu’il était généreusement pourvu des attributs fondamentaux, nécessaires et suffisants à la transmission de ses gènes et à sa réputation de play-boy.

Tout indiquait chez lui, aussi bien par son comportement que par son physique, que le Prince gérant du casino avait du souci à se faire.

Sommé par la police de s’expliquer à défaut de justifier ses débordements. Il déclara qu’il fallait démasquer le prince monégasque qui est manifestement un crypto stalinien doublé de la démoniaque réincarnation du Comte Dracula.

 

  • « Il faut le faire sortir de son palais pour que le soleil le brûle ou l’abattre avec des balles d’argent frottées à l’ail ou encore lui planter un pieu de châtaignier dans le cœur car il est l’un des chefs des morts qui nous gouvernent qui finiront bientôt par nous entraîner dans leurs nécropoles exquises ! »

 

Après avoir masqué la nudité du jeune excité avec une couverture réglementaire aux couleurs de la principauté, le fonctionnaire nota scrupuleusement ses déclarations puis il lui posa quelques questions subsidiaires pour compléter son enquête :

  • pourquoi du châtaignier ?

  • pourquoi des balles en argent frottées à l’ail ?

  • c’est quoi au juste des nécropoles exquises ?

  • c’est quoi cette voiture sur laquelle vous êtes juché ? Un engin pareil c’est français à coup sûr ! C’est un diesel ? Y’a un turbo ? Vous en êtes content ?

 

Tirliti Pinpin envisagea le policier avec compassion puis il lui répondit que, s’il était flic, il devait en assumer sa part de responsabilités.

 

  • Voyez-vous mon ami, la société, l'éducation Nationale, le curé, la famille, le député local, PPDA et les autres ne peuvent être tenus individuellement ou collectivement pour responsables de tous les maux.

  • Quelque part, si on vous oblige à perdre votre temps avec des individus comme moi et à porter une tenue ridicule, c’est bien fait pour vous ! Vous n’aviez qu’à bien travialler à l’école !

 

La réaction fut immédiate et cinglante.

 

  • Petit con de fils de bourge de mes deux !

  • Continue comme ça et je te fais bouffer le code pénal ! Et tant pis pour la bavure !

  • Non de Dieu de bon Dieu ! Je finirais bien par savoir ce que sont ces crénopoles sus mentionnées!

 

Les analyses auxquelles il dut se soumettre démontrèrent qu’il n’était pas sous l’influence de produits illicites. Ce qui ne manqua pas de laisser le juge perplexe.

Ses avocats firent merveilles et, afin de calmer le jeu, il effectua un séjour dans un hôpital psychiatrique (acheté par son papa) absolument génial et doté de délicieuses infirmières qui lui prodiguèrent des soins très très attentifs.

Hélas ! Lorsque la société décide de se protéger, la sanction peut être terrible !

Il fut donc contraint de s’exiler à St TROP et se résigna à goûter du bout des bouts (des lèvres, des doigts, etc.) aux plaisirs surfaits des boites à la mode et des fêtes que c'est trop n'importe-quoi.

Il fut pendant un temps la coqueluche (ou la diarrhée) de la jeunesse branchée locale car son exploit monégasque fascinait ces rebelles frustrés.

Tous ces marginaux rotarysés finirent par le déprimer.

Les bains de champagne lui donnaient de l’eczéma et il lui arrivait de plus en plus souvent d’avoir le mal de mer à bord des yachts amarrés aux pontons de la marina.

Un soir un éphèbe aux cheveux gominés le traita de « pitoyable marginal stock-optionné »

Le mépris qu’il y avait dans son regard ! C’en était trop ! Pourquoi tant de haine ? Était-ce de sa faute s’il ne connaîtrait jamais les subtils plaisirs du travial salarié et des 3 huit ?

Qui pouvait savoir combien sa solitude était infinie et combien il avait souffert d’avoir déjà tant souffert ? Il arrivait même qu'on insulte son répondeur.

Pour survivre, il décida de rompre avec ses relations.

Il embrassa une dernière fois Vanessa sur le cul, boucla sa valise (en croco) et prit un aller simple pour Medellin via Bogota(3)

Tirliti Pinpin s’engagea tout naturellement dans les « FARC » après avoir lu un article dans un vieux « Paris Match » dépenaillé qui traînait dans la salle d’attente d’un dermatologue.

Il ne fut pas déçu par cette aventure martiale. Il aimait bien cette ambiance « scoutes sous les tropiques » avec plein de soldates en string kaki.

Ah ! Les amitiés viriles qui se nouent en faisant la vaisselle ! Les rangers(4) qu’il faut graisser avant d’aller au lit, les tenues de camouflage qui vous font ressembler à des compositions florales, les exercices aux petits matins brumeux alors que la nature luxuriante s’éveille, les veillées collectives au coin du feu où un conteur raconte de belles histoires de pauvres gens qui sont exploités et qui se révoltent après avoir lu le capital du père Marx, les blagues désopilantes, toujours au premier degré, des potes que ce ne sont pas tous des hétéros, et les armes américaines toutes neuves.

Même son eczéma avait disparu. 

Il fut hélas contraint de s’absenter en cinquième semaine.

Tirliti Pinpin perdait ses moyens lorsqu’il avait sur le dos Juan Augusto Alfonsin d’el Bordelo, le commissaire politique local.(5)

C’était un fondamentaliste marxiste(6) manifestement peu tolérant.

Il était vilain comme tout ! Petit, noir de peau, trapus et bedonnant. Il sentait fort le mâle et Tirliti Pinpin se trouvait en complet désaccord avec lui, tant sur le plan esthétique que philosophique.

Ce jour funeste, il dut se sauver à toutes jambes car, alors qu’il remontait son fusil, il lui fit un peu accidentellement un trou si malencontreux qu’il s’avéra finalement létal.

C’est à cette occasion que le Baron battit le record de distance parcourue à cloche pied car dans sa précipitation il s’était foulé une cheville.(7)

Mille fois il se sentit à l’article de la mort : poursuivit par des chiens galeux, sucé par les moustiques, les tiques et les sangsues, vendu aux plus offrant pour quelques régimes de bananes, mitraillé ici ou là...

Jusqu’au jour béni où il rencontra une délicieuse femme d’affaires qui le prit sous sa croupe...

(1)Le patachon est un petit animal nocturne de la famille des lémuriens qui, arrivé à maturité sexuelle, passe son temps à lisser son pelage, à boire, à manger et à rechercher des femelles pour s’accoupler.

Par la suite le patachon construit un terrier et choisit une femelle avec laquelle il assure sa descendance. La vie du patachon devient alors sans grand intérêt.

Par analogie, la vie de patachon chez les humains consiste à dormir lorsque les 4/5èm de la population vaque à ses occupations et inversement. Pour le reste, le scénario est très approchant… (NDA)

(2)C’est à ces détails que l’on peut mesurer sa jeunesse et son inexpérience


(3)Dès l’instant où l’on rompt les amarres, la vie s’emballe et devient magique. L’aventurier se trouve projeté en une orbite haute et le monde se met à vibrer délicieusement.

 

Tout devient plus évident, plus accessible et grisant. Il faut avoir connu cette exaltation indicible lorsque, au petit matin, loin de ses bases, sur une terre inconnue, on sent pulser son corps au même rythme que l’univers.

Il n’est alors plus nécessaire d’être astrophysicien pour savoir que nous sommes des poussières d’étoiles ou chimiste pour connaître la composition de la petite pilule rose.

Le quotidien se pare d’exceptions et s’épice de personnages fabuleux et de situations du troisième type. Il ne se passe pas un instant sans que le destin ne s’amuse avec vous et c’est ça qui est super ! (NDA)

(4)Rien à voir avec les Texas rangers qui sont gras naturellement !
(5)J’ai dit sur le dos ? N.D.A.
(6)Tendance stalinienne avec juste une pointe de maoïsme de la période post natatoire.
(7)Hélas ! Ce record n’a pas été homologué

A suivre...

 
 
 
 

20/08/2008

Néosynarchie 11

DAVID, BABYGROS SKUD et TIRLITI PINPIN sont dans un bateau.

 

David avait rencontré Tirliti Pinpin à sa sortie de prison(1)

 

  • S’il vous plaît ! Excusez-moi, vous…Vous venez bien d’être libéré n’est-ce pas ?

 

David considérait cet homme encore jeune avec agacement et curiosité. Les gens de l’autre côté du mur semblaient avoir évolué d’une bien étrange manière.

 

  • Vous me voyez navré monsieur, je n’imaginais pas que je ressemblais à ce point à un sortant de prison ! Vous devriez me lâcher avant que je devienne un peu…excessif.

  • Il me semble avoir payé ma dette à la société et, tel que vous me voyez, j’aspire à la tranquillité.

 

  • Non, ce n’est pas ce que je voulais dire, je vous prie de bien vouloir m’excuser, j’ai été terriblement maladroit.

  • En fait, je voudrais savoir si vous connaissez monsieur Babygros Skud.

 

Comment cet homme d’apparence si raffiné pouvait-il connaître ce compagnon de cellule brutal et taciturne et somme toute bien peu fréquentable ?

 

  • Que désirez-vous savoir au juste ?

 

  • Je corresponds avec lui depuis le début de son incarcération et je n’ai plus de réponses depuis trois mois aussi j’aimerai avoir de ses nouvelles.

 

David trouva que la vie ne lui épargnait vraiment rien et que c’était bien ennuyeux de rencontrer dans ses bonnes œuvres, un imbécile heureux de travialleur social pendant ses premières secondes de liberté retrouvée.

Il n’allait tout de même pas céder à la tentation de l’envoyer tout de go ad pâtres, au risque de retourner illico presto derrière le mur !

 

  • Pourquoi n’allez vous pas lui poser la question vous-même ? Le parloir c’est tous les mercredis.

 

Tirliti Pinpin ne répondit pas. Il observait David de son regard bleu et froid puis il lui tendit la main.

 

  • Tirliti Pinpin de H.

  • Si vous n’y voyez pas d’inconvénients monsieur Delaire je propose que nous déjeunions ensemble à moins, bien sûr, que vous n’ayez d’autres obligations.

 

  • On se connaît ?

 

  • Disons que nous avons une relation commune.

 

  • Monsieur Babygros Skud ?


 

  • Précisément.

 

Au cours du repas David découvrit les liens qui unissaient le Baron Tirliti Pinpin de H. et Babygros Skud.

Ils étaient compagnons d’armes depuis des années et paraissaient avoir du respect et de l’amitié l’un pour l’autre. Ensemble ils avaient monnayé leurs talents pour organiser des coups tordus sur à peu près tous les continents.

David connaissait approximativement la suite de l’histoire que lui racontait le baron. Babygros Skud fut arrêté alors qu’il affrétait un cargo pour transporter du matériel informatique, des armes et quelques mercenaires sur un nouveau théâtre d’opérations.

Tout devait se passer sans encombres excepté le fait que les décisions politiques sont parfois versatiles.

Il fut donc inculpé pour association de malfaiteurs, trafic d’armes et rébellion envers les forces de l’ordre. Ce dernier chef d’inculpation étant l’interprétation très édulcorée de la version moderne de fort Chabrol.

Comme son casier était déjà chargé et qu’un ministre se trouvait dans l’embarras il fut fermement invité par le tribunal à cesser toute activité et à profiter des largesses de l’administration pénitentiaire pendant cinq années.

Dans le meilleur des cas il lui en restait aujourd’hui une à tirer.

 

Le repas s’achevait. Tirtliti Pinpin n’avait pas touché à son verre de vin. David quant à lui, aurait préféré se trouver ailleurs pour raccrocher tranquillement les wagons de sa liberté retrouvée. Il se sentait gêné, décontenancé par ce regard à la fois inquisiteur et bienveillant porté sur lui.

 

  • Je ne vois pas où se situe ma place dans cette histoire.

 

  • La prison est un lieu privilégié pour connaître les gens, ceci étant encore plus vrai lorsqu’on partage la même cellule.

  • Babygros Skud m’a parlé de vous dans ses lettres, il vous estime beaucoup et est persuadé que vous pourriez… Comment dire ? Assurer très utilement l’intérim en attendant sa sortie.

 

L’aventure, le baroud, les voyages, voilà tout ce qu’il fallait à un sortant de prison sans projet. Il se doutait que son doctorat motivait aussi cette offre.

 

  • Pierre, votre beau-frère, a une proposition à vous faire.

 

Il lui tendit une carte sur laquelle étaient notés une adresse et un numéro de téléphone.

 

  • Il vous attend après-demain à huit heures précise. Si vous refusez cette offre, il va sans dire que nous ne nous serons jamais rencontré.

  • Si, par contre, vous acceptez de faire un bout de chemin en notre compagnie, je pense que vous ne le regretterez pas.

  • Je comprendrais parfaitement que vous renonciez à vous engager dans l’aventure étrange que je vous propose. Travialler pour votre beau-frère est, je vous l’accorde, une bien curieuse idée. Je sais qu’il ne jouit pas d’une bonne réputation mais vous savez comme moi qu’il faut se méfier des apparences.

  • Ceci dit, vous savez bien qu’on ne change jamais les gens : au mieux, on s’accorde avec eux et au pire on tente de les utiliser.

  • Je vous propose donc de travialler avec lui et de travailler deux fois plus encore avec nous.

 

  • Vous pensez sérieusement que je peux faire l’affaire ?

 

Tirliti Pinpin le regardait en souriant.

 

  • Non bien sûr ! Et c’est la raison pour laquelle je vous propose :

  • le meilleur établissement que je connaisse pour l’éducation de vos filles, une ligne de crédit en dollars à cinq zéros après l’unité sans aucun frais à votre charge, tout le matériel dont vous pourrez avoir besoin sera à votre disposition dans les délais les plus brefs et sur simple demande verbale de votre part.

  • En option vous aurez aussi : du risque, du luxe, du stress, des voyages de l’adrénaline, de l’amitié, de la considération et la possibilité de devenir légendaire ainsi que celle, non négligeable, de mourir en héros de mort violente ou d’une façon parfaitement minable et cruelle si vous nous décevez.

 

Il avait touché juste, bien au milieu de son petit cœur d'artichaut. Il se doutait que la première proposition n’était pas innocente : les jumelles auraient posé problème et cette pension le réglait, au moins provisoirement.

 

  • Avant que je signe, il faudra que vous m’en disiez plus sur ce que vous attendez de moi.

 

  • Cela va sans dire…

 

David ne savait pas trop ce qu’il fallait penser de cette proposition.

Contacter son beau-frère dans ces conditions et après toutes ces années le laissait perplexe. Pierre avait toujours eu une réputation sulfureuse mais un ex taulard pouvait-il lui en faire le reproche ? Quel lien pouvait-il bien avoir avec ce dandy atypique, et baron de son état qui plus est ?

Que pouvait-on attendre de lui en contrepartie de ces faramineuses lignes de crédit ?

Il pensait aux jumelles et leur souvenir le crucifiait.

Il fallait qu’il se « réinsère », au moins en apparence, pour rassurer le juge et espérer les retrouver afin de tenter de rattraper un peu de temps perdu.

Pierre n’était certainement pas le partenaire idéal pour ce projet mais qui d’autre pourrait l’aider à se remettre dans le circuit après toutes ces années de prison ? Ce n’est certainement pas son doctorat qui pourrait l’y aider dans l’immédiat.

Avait-il véritablement la possibilité de refuser cette opportunité ? Son lourd passé lui collerait encore longtemps à la peau et «longtemps» c’est beaucoup trop…

Le mieux était de se rendre au rendez-vous. Une planche, même un peu pourrie, valait toujours mieux que le vide.

Il avait tout perdu, aussi que pouvait-il bien redouter de perdre encore ?


(1) Il est remarquable que les rencontres soient généralement plus profitables à l’extérieur qu’à l’intérieur de ces lieux de larmes et d’ennui.

Ce constat pose question :

Les prisons sont-elles, ainsi que certains sociologues le prétendent, des lieux de vie et de convivialité thérapeutiques qui permettent effectivement d’élargir sa surface relationnelle de façon suffisamment riche et constructive pour rebondir, dès le retour à la liberté, avec toutes les chances de réussir sa réinsertion sociale? Assurément cette question mérite d’être posée. NDA

A suivre....

 

19/08/2008

Jean LASSALLE

  • « Le premier qui parle de récession, je le flingue...(Tsarko) »

 

Christine LAGARDE nous a tout bien expliqué sur téfin. Elle n'est pas du genre à rigoler avec les choses sérieuses et s'obstine à nous prédire une croissance supérieure à...Elle ne sait plus trop. 

Bon passons à autre chose...Les français doivent être patients et attendre le résultat des réformes (tu m'étonnes ma poule !) 

« Nous, en France, nous allons astucieusement tirer notre épingle du jeu car nous sommes des p'tits malins et nous avons anticipé la crise grâce aux réformes engagées »

Fillon confirme : "pas question de plan de rigueur ni de relance de la consommation."

"Il y a bien un petit problème économique mais c'est surtout autour de nous que c'est grave."

Pas de panique, dormez en paix, on y travaille et le chef ira chercher la croissance avec sa queue s'il le faut »

La Parisot n'en peut plus. Elle trépigne d'impatience et mouille son « thermolactil », agitée par un long et douloureux orgasme néolibéral : les réformes ! Viiiiite ! Les réformes bordel !

Il est vrai que la "fenêtre de tir" est idéale pour en finir avec les acquis sociaux et le droit du travail.

 

Ben voyons ! Ils ne nous prendraient pas que pour des cons par hasard ?

 

En attendant la fin du début de la fin :

une autre musique entendue récemment, un autre son de cloche cristallin et, pour tout dire, une petite note champêtre tonique en diable.

 

Jean LASSALLE chez Mireille DUMAS

 

Portrait

 

Ex berger, fils et probablement petit fils de berger.

Béarnais (1)et fier de l'être .

Montagnard et député (4ème circonscription des pyrénées orientales).

Belle carte de visite :

atypique à souhait et fleurant bon la France rurale, terroirisée traditionnante et si tant profonde que plus d'un barbare sans papier s'y est perdu.

 

Bon, d'accord, berger béarnais ça ne veut pas dire grand-chose.

C'est approximativement et globalement quelqu'un qui garde des moutons.

En réalité ça ne prouve rien quand au « plus qualitatif » de l'individu.

Il est même certain qu'en cherchant un peu, nous pourrions en trouver de très cons parmi eux.

C'est comme pour les garagistes, les suisses, ou les ouvriers du bâtiment, ou encore les derviches tourneurs : y'en a des biens, mais y'en a aussi des nuls de chez nul.

Prenez par exemple les pauvres.

Vous en connaissez certainement des vrais (mais si ! Cherchez bien).

Et bien c'est la même chose.

Bien que ce ne soit pas politiquement correct de dire des trucs pareils au risque de vexer les socialo communistes, il faut bien se rendre à l'évidence : être pauvre n'est absolument pas un gage d'honnêteté, de grandeur d'âme, ou de gentillesse.

Il y a parmi cette multitude inquiétante, quantité de vrais méchants pas beaux. De purs pervers bien gluants qu'il faut redouter.

Croyez-moi, ces enfoirés aigris, veules et jaloux feraient de terrifiants riches !

C'est une règle universelle. Quelque soit leur statu social, les salauds, qu'ils soient riches ou pauvres, sont harmonieusement répartis.

Il est seulement un peu moins excusable d'être un salaud de pauvre...

 

Toujours est-il que Jean LASSALLE induit, a priori, de bien belles images.

Il est grand, costaud, velu, viril et franc comme du bon pain. 

Il porte dans la profondeur de son regard, dans la noble retenue du geste et dans l'harmonie des cailloux de sa voix : la bonne santé et la droiture, la force et la douceur de la nature, les moutons et les chiens, la cabane perdue dans la beauté sauvage, l'eau des torrents, les sublimes nuits de veille sous les étoiles...

Dix mille choses qu'un citadin élevé hors-sol ne connaîtra jamais.

Jean LASSALLE est un Homme de là-bas ou plutôt de là-haut.

Pourquoi est-il venu se perdre sur les bancs de l'assemblée nationale ?

Que peut bien faire un berger au milieu des requins ?

Des requins marteau qui plus est.

Bon, d'accord, ce ne sont pas quelques squales qui peuvent lui faire peur...(peut-être quelques énarques à la rigueur).

Jean LASSALLE est désigné par des amis qui ne lui veulent pas que du bien, comme un Donquichotte moderne (ce qui est loin d'être une infamie en soit)

Il est vrai qu'il s'attaque volontiers aux moulins de la mondialisation et qu'il est un combattant des causes hypothéquées (et parfois perdues aussi).

Il sait aussi encaisser sans broncher les coups bas. Même pas peur, même pas mal.

Il n'est sans doute pas encore né celui qui le fera plier.

Mais alors, Pourquoi s'obstine-t-il à côtoyer ces sombres boutiquiers ?

A-t-il seulement l'espoir de les changer quelque peu ?

Vu le bon sens chevillé au corps du personnage, ce serait étonnant.

N'a-t-il pas déclaré lors de cette émission ? :

« Tous (les élus et les politiques) ne font que jouer. Ils donnent l'illusion de détenir le pouvoir, d'être en mesure de changer les choses. Ils savent bien pourtant que le monde est dirigé par les hommes sans visages. Les hommes de l'argent et de la finance internationale. »

C'est le genre de déclaration qui ne révèle rien, mais qui fait du bien en remettant le débat dans l'axe.

Dans ces conditions, pourquoi Jean LASSALLE fait-il parti de ce groupement d'imposteurs nocifs ?

Il pose l'éternel problème de la nature humaine et du vilain canard au sein du poulailler. 

C'est le thème du film AMEN de S. Spielberg.

Un homme seul, un homme droit et juste, peut-il atténuer ou gommer les méfaits du groupe auquel il appartient ?

Peut-on tout à la fois, jouer avec et contre ?

Je crains que la réponse soit tout simplement : NON.  L'action de cet Homme justifie (qu'il le veuille ou non), l'existence même de ce groupe et, en creux, sa raison d'être.

Le sang du résistant ne lave pas les fautes du collaborateur. Pas plus que le juste ne peut, en aucune façon, soulager l'humanité du poids de sa terrible responsabilité.

L'un comme l'autre sont prisonniers du jeu infernal.

Un jeu très (trop) simple, trop souvent simplifié, apparemment binaire.

Deux camps :

les bons d'un côté et les mauvais de l'autre.

Les mauvais d'un côté, les bons de l'autre...

Avec, entre les deux, une multitude de bonnes et de mauvaises raisons, des prétextes, des faux semblant, des histoires de vie singulières, des raisons et des déraisons, des hésitations et des peurs...

Autant d'éléments qui induiront des engagements ou des fuites.

Autant de postures considérées comme louables, excusables, pardonnables, héroïque, compréhensibles, ou non...

 

Quoiqu'il en soit, il faut des « Jean LASSALLE », des résistants, des justes, ne serait-ce  pour qu'ils nous montrent que tout espoir n'est jamais perdu et que nous pouvons croire (malgré tout) en l'Homme.

 

C'est sûr, il y a de bonnes raisons d'espérer

 

Gub

 

  1. Recette de la sauce béarnaise :

    faire une réduction d'estragon et de poivre concassé dans un bon vinaigre (blanc de préférence) dans lequel on aura pris soin de faire dissoudre du sel fin en proportion.

Clarifier des oeufs (séparer les blancs des jaunes) et ajouter aux jaunes la réduction passée au chinois étamine.

Y'en a des qui ne passent pas la réduction et qui prétendent que c'est meilleur avec les grains de poivre et l'estragon. Il n'y a aucune obligation de croire ces gâte-sauces sur parole. 

Garder les blancs au réfrigérateur car ça peut toujours servir pour faire l'argenterie.

Bien mélanger sur le coin du feu avec un petit fouet en faisant des "huit" sur un rythme de samba brésilienne et en ondulant harmonieusement du bassin.

Incorporer petit à petit le beurre clarifié tiède et monter comme une mayonnaise.

Passer à nouveau au chinois étamine et maintenir au tiède (4O° c maxi)

La sauce béarnaise se sert avec des grillades de bœuf mais aussi avec des poissons tels que carpe, brochet ou alose.

C'est très bon aussi avec les hamburgers mais pas du tout avec le Sprite ou le Coca.

18/08/2008

Néosynarchie 10

Le soleil fait maintenant fumer la ville

 

Le soleil fait maintenant fumer la ville ; « pluie du matin mouille le citadin qu’est pas malin, l’bourri, car il a oublié son pépin (proverbe mayennais). »

Je fais mes lignes en vitesse, puis je sors pour m’oxygéner et aller aux nouvelles.

Rien dans le journal, pas même une allusion aux échanges de coups de feu de cette nuit.

Pour mieux me concentrer je marche seul au hasard des chouettes rues guillerettes.

Tout d’abord je dois retrouver Marie.

Je suis de plus en plus certain que David n’est pas à Marseille, ni en France d’ailleurs...

C’est mon sixième sens qui me le dit, et je n’ai aucune raison objective de ne pas faire confiance à ce bon sens annexe qui se manifeste généralement dans mon petit doigt.

Croyez-moi, si on pouvait tout expliquer ça se saurait et nous n’aurions pas besoin de faire appel à lui, alors que ce sens n’est même pas encore homologué ! (C.Q.F.D.)

Marie c’est à la fois une grosse tranche de vie, la preuve que le monde est petit et la démonstration que le destin aime s’amuser avec nous.

C’est aussi mon amour platonique.

Dans platonique il y a …Ben…Oui… Et alors ? Nous avons l’âge ! Il n’y a pas de mal, nous sommes des grands, majeurs, consentants, éduqués, recensés et vaccinés.

Et puis d’abord nous pouvons faire tout ce que nous voulons, tant que nous restons dans un cadre éthique et citoyen, confiant envers la justice de notre pays et attaché aux valeurs de la république.

J’ai fait sa connaissance bien avant David et tout le bordel qui occupe désormais ma vie.

J’avais alors 9 ou 10 ans et nous fréquentions la même salle de classe puante.

C’était bien.

C'était comme dans « la guerre des boutons ».  Nous nous amusions bien ensemble ! Surtout le jeudi et pendant les vacances, lorsque nous jouions à pousses-moi pas, au premier qui dit qui y est, au docteur, à Zorro qui est tombé de son cheval et qui s’est fait mal en haut de la cuisse, là, un peu entre les jambes.

Le reste du temps nous subissions, avec un étonnant stoïcisme, les caprices pervers de madame Couson notre vieille vache d’institutrice qui, j’en suis sûr aujourd’hui, a dû vendre pendant la guerre du beurre coupé de fromage blanc aux juifs avant de les balancer à la gestapo.

Le corps enseignant ne méritait pas ça.

Si Dieu n’a pas trop de virus dans ses fichiers informatiques, il est probable que l’âme de cette nuisible brûle désormais en enfer, ou sinon il faudra qu’Il s’explique !

Marie avait la particularité et l’avantage concurrentiel déterminant d’avoir redoublé deux ou trois fois de suite et de revendiquer, avec fierté, son statu de cancre "honoris causa".

N'étant pas ingrat, je lui savais gré de me faire systématiquement gagner une précieuse place au classement mensuel.

Un physique véritablement problématique : très grande pour son âge (surtout par rapport à nous les petiots), toute en os, les cheveux décolorés à l’eau oxygénée.  Elle faisait l’objet des quolibets et mesquineries coutumières des élèves correctement formatés et si pleins d’avenir.

C’était ma copine au même titre que les manouches qui nous faisaient épisodiquement l’honneur de leur visite au hasard de leurs pérégrinations.

Je haïssais l’école et les bataillons de cons qu’on m’obligeait à côtoyer à longueur d’année. Aussi je me passionnais pour tout ce qui pouvait troubler le mortel ordonnancement des choses mis en place par des adultes qui n’avaient pas eu le courage de nous confier aux soins des taxidermistes.

Marie connaissait des trucs incroyablement excitants et mystérieux dont je tirais le plus grand profit par la suite.

Sa grand-mère, qui se faisait passer pour sa mère, lui décolorait les cheveux à l’eau oxygénée pour que sa ressemblance avec son père, qui habitait toujours dans le quartier avec sa femme et ses cinq enfants, soit moins évidente ce qui aurait eu pour conséquence de ternir sa réputation et ainsi de compromettre la pérennité de son ménage.


Pour tenter de couper court à la rumeur (je dis bien, tenter) elle (sa véritable mère) se faisait passer pour sa grande sœur car, vous l’avez deviné, elle était en réalité la fille de cette incroyable mégère qui se faisait passer pour sa mère et qui logiquement était donc la grand-mère de MARIE. (1) (2)

Marie était cataloguée par les pédagogues comportementalistes et autres spécialistes patentés de la spécialité comme une enfant instable, perturbée et intellectuellement limitée. (3) (4)

Elle n’obtint aucun diplôme et fut fermement invitée à entrer dans la vie active dès l’âge de seize ans.

Contre toute attente, elle réussit brillamment sa vie professionnelle en sachant tirer le plus grand bénéfice de sa profonde connaissance de la nature humaine, de sa culture auto didactique et, faut-il le dire ? De son physique remarquable.

Sa profession actuelle pouvait être apparentée à la version sophistiquée de secrétaire de direction  pour la fiche de paye, le fisc et les cotisations sociales. Eventuellement de femme d'affaires indépendante pour les petits à-côté.

Son sport favori était le journalisme d’investigation qu’elle pratiquait souvent avec bonheur.

Dès sa sortie de l’école elle s’était passionnée pour la lecture et l’écriture et, au fil des ans, elle avait fini par acquérir une culture à faire pâlir de jalousie un intellectuel de gauche.

 

  • « M’occuper de ce qui ne me regarde pas me procure un grand plaisir et je ne suis pas loin de penser qu’il s’agit là d’une démarche fondamentalement intellectuelle, ce qui vaut son pesant de cacahuètes au regard de mes « non diplômes » universitaires. 

  • Tu ne peux même pas imaginer les trésors que l’on peut trouver en faisant les poubelles ! »

 

Cette curiosité d’enfant espiègle me permettait de relativiser le sérieux et l’importance supposée de mon activité.
C’était salutaire pour moi et peut-être aussi pour elle.

En ce qui me concerne, et ceci grâce à la magie d’une relation affective privilégiée avec un professeur d’histoire du beau sexe, je m’étais révélé bon élève après la seconde et excellant en terminale.

Après le BAC avec mention, je suis entré en prépa. puis à « sciences Po ».

Nanti de mes diplômes je me suis alors mis au service de l’Etat en qualité de conseiller spécial auprès de l’attaché du sous-secrétaire adjoint du chef de cabinet du ministre des affaires étrangères. (5)

Durant cette période, j’ai eu tout le loisir de m’initier aux turpitudes inénarrables des coulisses de la diplomatie française.

En ces temps bénis, je me suis vu confier diverses missions de la plus haute importance (6). L’une d’elle s’avéra être déterminante pour la suite de ma carrière.

Elle se déroula en Colombie.

Je possédais un avantage concurrentiel déterminant car je parlais parfaitement l’espagnol de là-bas (au moins au lit) grâce à une relation affective exclusivement sexuée avec une étudiante, digne et fougueuse ressortissante de ce pays et avide d’apprendre des choses sur les choses.

J’ignorais à cette époque à quel point ce type particulier de références lexicales proférées dans la langue de CERVANTES lors d'épiques ébats, pouvaient ouvrir nombre de cuisses et de portes, et inversement.

Pour autant que je me souvienne elle s’appelait Victoria ou Paméla, enfin un prénom qui finissait en « a ».

Elle faisait un truc que même les professionnelles de la bête à quatre mains ne connaissent pas !

C’était dingue !

J’accepte de vous expliquer tout ça en détails, si vous le souhaitez, dès lors que vous êtes majeur.(7)

Nous étions alors en pleine guerre froide (ceci compensant peut-être cela) et un mouvement d’obédience marxiste (tendance stalinienne « coercitive goulagueuse ») s’affichait ostensiblement sur les murs des pissotières de ce pays.

Ma mission était simple mais extrêmement périlleuse.

Je devais infiltrer ce groupe réputé subversif et servir d’interface entre les vilains responsables collectivistes et le virginal état Français. Je devais voir à voir si des fois il n’y aurait pas à faire de bonnes affaires avec ces trublions, sans éveiller les soupçons des étazuniens.

Il faut comprendre. Ce n’est pas le tout de fabriquer des armes, encore faut-il trouver de vilains pas beaux pour les acheter et d’autres encore moins beaux pour s’en servir.

Mon enquête coûta ce quelle devait coûter aux contribuables français ; c’est à dire fort chère. Mes compétences et mon engagement patriotique ne pouvaient se contenter d’émoluments dérisoires et encore moins de gargotes et d’hôtels minables.

Le rapport qui s’ensuivit fut heureusement à la hauteur des frais engagés.

L’A.O.C. (Action de los Obreros Colombianos) se révéla être un stratagème imaginé par un riche industriel local poursuivi par la justice de son pays (justice envers laquelle il avait manifestement une confiance très limitée). Ce malotru avait assassiné sa femme un soir où il était rentré chez lui plus tôt que prévu sans prendre la précaution de prévenir.

(Ce qui, vous en conviendrez avec moi, est la marque caractéristique d’un coupable manque d’éducation).

Je n’avais donc pas à faire à un mouvement subversif pro cubain susceptible de déstabiliser le continent Sud Américain mais, plus prosaïquement, à un cocu colombien un peu trop sanguin, et doué d’une grande aptitude à la communication de masse.

Pour faire bonne mesure, j'avais aussi profité de mon séjour pour négocier auprès des milices locales, la vente de quelques caisses de fusils d’assaut (des fins de série) ainsi que des bricoles explosives.(sait-on jamais : ça ne mange pas de pain et ça peut toujours servir)

Il faut bien admettre que c’était juste histoire de dire que nous aussi nous étions capable de produire des armes de qualité. Il va sans dire que la concurrence américaine était déjà très dure dans ces contrées.

Ça y est ! Ça me revient maintenant.

Ma colombienne s’appelait Gudrun (son père était bavarois).

Tout le service se trouva fort embarrassé de s’être mobilisé pour ce qui s’avéra être, en définitive, les conséquences excessives et follement romantiques d’un lamentable drame conjugal.

Pourtant il me semblait bien me souvenir que ce genre d’anecdotes jalonne notre histoire.

Il est patent de constater que les vicissitudes fessières des grandes de ce monde conditionnaient et conditionnent toujours certaines positions politiques(8), tout en continuant à faire régulièrement les choux gras des médias…

Le plan fonctionna à merveille et Juan Antonio Salvador (c’était son nom) fut contacté par des agents cubains infiltrés qui l’aidèrent à rejoindre son nouvel ami Fidel à La Havane.

Mon rapport fut classé secret défense et me donna droit à une promotion accompagnée d’un logement de fonction et d’un poste, fort bien rémunéré au demeurant, en qualité de photographe au journal officiel.

Pour d’obscures raisons qui n’ont sans doute pas grand chose à voir avec la raison, ma hiérarchie décida de compléter ma formation. Elle m’incita fermement à effectuer quantité de stages rémunérés, ayant tous un rapport plus ou moins lointain avec le dur métier d’agent secret.

Comme tout les collègues débutants qui débutent. J’ai commencé par une remise à niveau en français, suivi d’un stage de découverte du monde de l’entreprise qu’elle est trop bien, et d’un autre, beaucoup plus drôle, de trois mois à Douarnenez. Ce dernier stage avait pour objet l’apprentissage de la confection des nœuds marins accompagné d’un entraînement commando au bar de l’enfer. 

Formation principalement axée sur le maniement du verre à pied en milieu hostile.

C’est à la suite d’une énième formation de « profiler » en Egypte que j’ai décidé d’embrasser la carrière d’agent double.

L’intervenant criminologue socio psychanaliste bobopathe  s’était pris d’amitié pour moi et m’autorisa à effectuer des travaux pratiques au Liban.

C’était très instructif mais pas vraiment de tout repos.

Ce fut cependant une révélation qui m’obligea à regarder enfin les choses en face : c’était une évidence, j’étais fait pour ça à défaut d’autre chose.

Pendant cette période de formation intensive, j’avais gardé le contact avec Marie.

J’en étais devenu amoureux et le merveilleux travial esthétique produit par son activité hormonale et la finesse de son esprit n’y était sans doute pas étranger.

Je suis certainement le seul homme avec lequel elle accepte de partager des moments d’intimité sans trop se poser de questions.

C’est très simple, au moins en apparence, et compliqué sur le plan psychanalytique : nous nous aimons un peu comme des gens qui s’aiment d’amour (9)

Nous nous respectons mutuellement et si nous cohabitons parfois de temps à autre ; chacun tient cependant à préserver jalousement son coin de brousse perso.

Peut être dans le secret espoir de connaître un jour le plaisir de sauter une fois pour toutes par dessus le mur du fond du jardin.

Malgré le temps assassin, nous parvenons toujours à rire ensemble de bon cœur et curieusement, cette relation plus romantique que véritablement sexuelle, me réconcilie avec les femmes.

Nous ne sommes pas que des êtres emprunts d'un romantisme exacerbé pour autant et nos draps froissés recouvrent souvent nos corps alanguis.

Il en est ainsi de toutes les histoires d'amour et d’amitié qui s’installent au sein des couples :

« Ils se marrèrent, se découvrirent différents l’un de l’autre, s’excitèrent mutuellement, bandèrent étonnamment, copulèrent fougueusement et finalement unirent vaille que vaille leurs destins.

Joignant au passage leurs déclarations fiscales. Faisant aussi, sans trop y penser, par pur pulsion primitive, quelques enfants pour toucher les allocs, bénéficier des réductions famille nombreuse et aider à l'occasion à faire les courses et à sortir le chien »(10)

Marie avait été recrutée par David qui fut séduit par sa plastique (11), ses connaissances éclectiques, sa totale liberté d’esprit, son caractère épouvantable et ses étonnantes facultés d’analyse et d’adaptation.

Son peu d’intérêt pour le sexe pendant les heures de travial constituait pour lui un atout majeur car, en homme d’affaires avisé, il ne concevait pas de mélanger les genres.

Ils ont fait équipe pendant quelques années, puis son cher patron s’est volatilisé après la mort très « accidentelle » de Pierre.

Elle a donc gardé la boutique pendant quelques mois et, voyant que le temps virait à l’orage, elle a consciencieusement vidé les comptes bancaires et s’est inscrite aux abonnés absents.

 

Le problème immédiat c’est précisément les abonnés absents.

Les échanges téléphoniques dans les cabines publiques, les postes restantes et les coursiers ça commence à devenir un peu lourd !

Il faut absolument que je la retrouve car il faut qu’on cause.
(1)  C’est un peu compliqué de prime abord mais si vous mettez tout dans l’ordre sur la table vous verrez que ce n’est pas si sorcier. NDA
(2) Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? N.D.E.
(3) Aux dernières nouvelles on me dit qu’ils sont devenus encore plus cons, NDA
(4) La maison d’édition décline toutes responsabilités et rappelle que les propos tenus dans ce lamentable ouvrage engagent exclusivement son auteur. NDE
(5) Troisième étage à droite au fond du couloir juste en face du bureau de Pépette et Carafon
(6) Dans l’ordre : 1-pour la promotion du sous-secrétaire adjoint. 2-pour la nation française, mais pas toujours. 3-pour la gloïre. 4-parce que...
(7) Pour recevoir une documentation coquine, adresser votre demande chez l’éditeur qui transmettra, sous enveloppe affranchie au tarif normal accompagnée d’un chèque de 25 euros à l’ordre de moi-même.
(8) Notamment celle du missionnaire néolibéral.
(9) Je suis désolé pour ceux qui ne connaissent pas, car je ne peux pas expliquer.
( 10) On m’a dit que cet ordre est parfois inversé mais  que c’est beaucoup plus rare.
(11)Surtout sa façon de bouger, et puis aussi ses hanches et puis aussi son dos, et puis tout et tout que c’est vraiment trop !

A suivre...

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

14/08/2008

Néosynarchie 9

Le brutal retour d’EUGÈNE a la dure réalité.

 

Le retour sur terre est brutal.

A tâtons je cherche à stopper la tronçonneuse qui me vrille les tympans. Je chausse mes lunettes de soleil et je regarde l’heure au radioréveil.

Puis j’arrête enfin le buzzer d’un coup de poing rageur.

 

  • « Putain ! Déjà sept heures. 

  • Et un radio réveil, un !

  • Putain ! Bordel ! Fait chier ! M’ai fait mal à ma main»

 

C’est en réalité une simple entrée en matière car j’aurais tout aussi bien pu dire

 

  • « Putain déjà huit heures trente ! »

 

Ou encore

 

  • « Putain où sont passées mes lunettes, je n’arrive pas à voir l’heure. »

  • C’est quoi déjà le plan ?

  • Aie ! Ma tête. Aie ! Mon dos.

  • La peur, les chocottes, les boules qui reviennent, oppressantes, par vagues successives…

Au fur et à mesure que le puzzle se reconstitue l’angoisse me ceinture le ventre.

Je retire prestement un bout de plastique du radio réveil qui s’est fiché dans le gras de ma main.

Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis solide. Ça saigne un peu mais ce n’est pas grave.

Depuis que ces objets sont fabriqués par des stagiaires non rémunérés, un peu prisonniers politiques et très chinois, la qualité laisse à désirer.

On sent bien que les travialleuses, travialleurs de l’empire du milieu ne sont pas très motivés.

Ils font bonne figure mais c’est par habitude et c’est pour ne pas contrarier le chef qui est pote avec un membre du parti. Et puis pour savoir ce qu’un chinois pense vraiment il faut d’abord un bon radioréveil en état de marche pour se lever de bonne heure !

En réalité le cœur n’y est pas et le plastique est aussi fragile que la volonté politique de nos enfoirés de leaders.

Quant au montage proprement dit, il est réduit à sa plus simple expression.

Bon ! D’accord ce n’est pas cher ! C’est du petit consommable pour petits consommateurs consuméristes basiques occidentaux. Ça ne vaut pas cher non plus ! On en a à peine tout juste pour son argent, la preuve : ça casse d’un rien !

J’en ai pour plus cher de carburant pour aller en racheter un neuf chez « Merdailleurs » que de radio réveil à proprement parler ! C’est déprimant.

Le jour ou les chinois fabriqueront des voitures jetables pour aller acheter des radios réveils, le monde tremblera…

Je suis comme ça, les problèmes existentiels m’assaillent dès le réveil. C'est ma nature profonde. Je suis un intellectuel du matin.

Il faut dire que j’ai plutôt mal dormi et que du coup je ne suis pas très « France culture ».

Je sens que ça ne va pas tarder à me courir sur la prostate !

Heureusement j’ai l’heure un peu partout : à ma montre qui est étanche jusqu’à 500 mètres parce qu’on ne sait jamais, sur mon four micro-ondes pour savoir quand dégeler la purée, sur l’écran de mon ordinateur parce que voilà, à l’horloge du clocher de l’église en face pour ne pas louper la messe, et sur l’écran de mon téléviseur parce que j’ai perdu la notice et que je ne sais pas comment l’enlever.

C’est fou cette chinoise volonté de nous donner l’heure ! Ils sont comme ça les chinois.

Ce sont des gens profondément généreux qui ne comptent ni leur peine ni leur temps.

 

La pluie dégoutte sur la vitre de la chambre. Il fait encore nuit mais plus pour longtemps à en juger par l’infime ligne violette qui souligne l’arrête des toits.

Tout bien considéré il fait plus jour qu’il n’y paraît derrière mes lunettes de soleil.

J’ai faim !

Combien de temps ai-je dormi ?

Bon, debout et au travial !

 

Je parle à voix haute en me grattant les'c’ pour vérifier qu’elles sont bien toujours là.

Je ne suis plus dans mes bouts de rêves à la noix mais bien dans mon cauchemar :

douche, café, tartines beurrées, confiture, non, plus de confiote, tant pis pas de confiture.

Chiottes, papier pur ouate de cellulose triple épaisseur parfumé « marée basse au soleil d’été dans la baie de Saint Brieuc », chasse d’eau, redouche, fringues, flingue.

 

Tiens, le chargeur est vide ! … Bien sûr le chargeur est vide !

Démontage, nettoyage, remontage.

  • « Chargeur approvisionné Chef ! Eugène opérationnel Chef ! »

 

Tout d’abord reprendre le fil de l’histoire.

Il faut que je retrouve David ! C’est, selon le maître nageur, la priorité des priorités prioritaires.

Jamais encore je n’avais vu pépère dans de telles dispositions !

Crédits illimités, « Twingo » de fonction, tickets restaurants, secrétaire intérimaire à tiers temps, arsenal à volonté... Rien ne doit parasiter cette mission !

Il y va de l’avenir du pays et peut-être de le monde tout entier !

«  Mon cher Eugène, vous êtes tant tellement le meilleur que le moindre de vos désirs sera exaucé dans la mesure du possible et de l’enveloppe budgétaire que nous avons provisionnée.

Faudrait quand même pas en profiter pour pousser le bouchon trop loin et considérer mes bonnes dispositions à votre égard pour de la faiblesse. »

Sacré Eugène va !

 

Il a presque réussi à me faire peur ce con !

Rien ne me hérisse plus le poil que lorsqu’un supérieur hiératique me dit que je suis le meilleur…En général le coup de pied de l’âne n’est pas loin, et puis c’est vrai quoi !

Pour qui qui s’prend çui-ci ?

Marie occupe pour l’instant le point central de ma stratégie.

Ceci dit ça m’arrange bien. 

 

Reprenons depuis avant et calmez-vous un peu ! J’explique !

 

  • Le coup de fil de Marie.

  • Marie semble inquiète. Elle est confuse, limite incohérente1 et je suis obligé de lui demander à plusieurs reprises de préciser certains points. A la fin de la conversation je lui résume ce que j’ai compris :

  • Mimi est une copine qui tient le café des bons amis, situé rue des Boules dans les quartiers Nord.

  • Elle lui transmet un message provenant d’un certain Babygros Skud.

  • Babygros Skud est un pote de zonzon de David.

  • Ce message indique qu’il faut que Marie me contacte pour que je rencontre un dénommé Piotr.

  • Ce garçon a ses habitudes dans ce café et m’attend jusqu’à 19 heures.

  • Il laisse entendre qu’il peut me donner des renseignements concernant un sujet qui me préoccupe.

  • Marie a déjà rencontré ce Babygros Skud qui était en relation avec David alors qu’elle officiait encore dans son agence.

  • Babygros Skud sait que Marie est en relation avec la dénommée Mimi.

  • Il semble connaître à peu près la nature de mes activités et de mes préoccupations.

  • Il ignore où je me trouve sinon il m’aurait contacté directement, à moins que cela ne fasse partie du jeu.

  • Il ne tient pas à me rencontrer personnellement et utilise un intermédiaire.

  • Marie a peur et me demande d’être prudent.

 

Je me suis donc pointé hier soir au « café des bons amis » en utilisant des ruses de sioux pour déjouer un éventuel guet-apens.

N’allez pas imaginer pour autant que je me promène avec un arc et des plumes ! Non, bien sûr ! Vous êtes vraiment des gamins !

Je suis un barbouze professionnel ! Pas une tafiole d’agent secret aux cheveux gominés qui se regarde dans les vitres pour voir si sa raie est bien droite avant d’aller chercher le courrier ! Moi, j’ai mis les mains dans le cambouis ! J’ai passé les concours administratifs ! J’ai suivi des cours par correspondance, j’ai fait des stages à « super U » et à la S.N.C.F. j’ai mouillé ma chemise et j’ai obtenu mon brevet supérieur d’aptitudes aux fonctions d’agent secret du renseignement catégorie « A » échelon « 6 » avec mention « incroyable »

En bon agent professionnel je me suis mis dans la peau d’un brave père tranquille, bien moyen, pas très riche, pas très beau et ne suscitant pas le moindre intérêt. (2)

Tout est allé ensuite très vite :

Le café, une dénommée Mimi qui fume des maïs et qui me présente un soi-disant moldave bien ténébreux comme ces paysages de steppe en hiver(3). Et puis Jospin(4)! Tout qui se déglingue !

Une question maladroite au sujet de David et ce foutu moldave qui sort son feu, un truc énorme capable de vous transformer en puzzle ! Ah ! La barrière des langues ! La malédiction babélienne ! Je suis sûr que ce frère exogène n’a pas bien compris le sens de ma question et du coup ça l’a rendu hexogène.(5).(6).

 

  • Qu’est-ce que tu lui veux au juste à David ? Qu’il me dit le gars avec son accent à couper au Laguiole et son mauvais regard qui en dit plus long que sa queue.

 

C’est quoi cette embrouille ? Que je me dis en aparté et à moi-même.

Serais-je tombé dedans un piège ? Fichtre, foutre, créboudiou ! Ce con de moldave serait-il chargé de m’occire sans autre forme de procès ? Peut-être, peut-être pas… Allez savoir qu’elles sont les intentions d’un tueur à gages adulte qui vous appuie un canon sur le bide ?

Je n’aime pas la tournure que prennent les évènements. Il y a comme de la nervosité dans l’air.

Qu’est-ce que je peux faire ?

J’essaye de lui expliquer Marie, les jumelles, les fonctionnaires états-uniens à crans ? Je lui lis du Claudel ? Je lui propose ma copine ? Je lui demande de garder mon chien pendant les prochaines vacances ?

Trop compliqué, pas le temps, j’ai pas envie et ma main à couper qu’il n’aime pas les bêtes !

Nous nous observons en silence, les yeux dans les yeux (il a de ces beaux yeux bleus, ce grand con de slave !) puis il m’invite à lui donner mon flingue.

Grave erreur de sa part ! Je vais enfin pouvoir mettre en application la méthode préconisée à la page 223 du manuel du parfait agent secret qu’on nous a enseignée en formation continue.

Je sors donc ostensiblement mon feu de la main droite pendant que je dégage subrepticement l’arme secrète de ma main gauche. (il faut faire l’inverse si vous êtes gaucher)

Je sais, qu’à ce moment précis, je peux le tuyer instantanément mais ce serait une erreur car je me priverais ainsi définitivement d’une source d’informations.

Je suis rompu à toutes les techniques de combat rapproché et j’ai même appris à neutraliser un féroce ennemi déterminé avec un tract de la C.G.T. plié d’une certaine façon (c’est dire !)

 

  • Tiens sniffe c’est du super U !

 

D’un geste semi rotatif vif et précis je projette le poivre moulu à la face de mon agresseur (j’en ai toujours sur moi avec le dénoyauteur à olives) tout en frappant d’un coup sec la main qui tient le révolver du tranchant de la mienne (la gauche).

Le résultat est imparable ; l’arme tombe sur le sol et le poivre lui brûle les yeux et l’aveugle tout en lui irritant fortement les muqueuses nasales, provoquant ainsi de violents éternuements.

Je sais qu’il existe des bombes aérosols « pepper spray » qui remplissent les mêmes fonctions mais je préfère ma méthode qui, bien que primitive, est moins onéreuse et plus sûre.

Cette technique artisanale donne en outre, une indéniable dimension esthétique à mon métier.

Le geste est nettement plus ample et emprunt d’une grande noblesse. Il demande une aisance naturelle accompagnée d’une subtile retenue que seule une parfaite maîtrise de soi permet d’obtenir.

Il faut également tenir compte du fait que parfois l’aérosol est bouché ou vide et là, tu as vraiment l’air d’un imbécile heureux en face d’un adversaire, à essayer vainement de faire « pchitt pchitt », avec ton petit spray ridicule !

 

Piotr hurle des insultes moldaves que je me refuse à traduire ici pour des raisons que chacun est à même de comprendre pour peu qu’il ait des enfants en bas âge et un peu de moralité.

Sous l’effet de la précipitation il se retourne un ongle avec un truc qui dépassait du dossier de sa chaise.

Ayayaie ça saigne ! C’est terrible ! J’ai mal pour lui mais je n’ai rien sur moi pour calmer la douleur.

Que faire ? Je ne supporte pas de voir souffrir un humain en tous points semblable à moi-même.

Je l’achèverais bien mais ce n’est pas foncièrement éthique et mon petit doigt me dit que ce n’est pas une bonne idée.

Bon, tant pis ! Je me redresse prestement et, faute de mieux, je lui file un charitable coup de pied dans les parties intimes pour faire diversion à l’horrible torture qu’il subit.

Hue7 ! Je fonce tête baissée et j’attrape la porte à la volée. Ça doit être çà l’instinct de survie !

Des abeilles me poursuivent en déchirant l’air de vibrations métalliques. Elles éclatent, rageuses, la pierre du mur.

Puis je trébuche, je tombe la tête la première et je me pète le front sur un truc un peu coupant, mais je n’ai pas vu c’est quoi.

Alors là Chevènement (8) ! Comme je suis en colère et que j’en ai vraiment raz la casquette ! Je défouraille au jugé : un deux trois quatre cinq six sept et huit coups(9). Bon, il est vide ! Et moi avec !

Quand je pense qu’on ose appeler ça un échange de coups de feu !

 

  • Je t’envoie du 9 mm et tu me files du 22 en retour. Une de 9 pour deux de 22 je t’assure que tu n’es pas perdant au change ! Ça fait des trous magnifiques !

  • C’est d’accord ? Alors on marche comme ça et c’est toi qui colles !

  • Surprenant ! Non ?

 

La ruelle est très sombre et les lampadaires ont probablement servi de cibles aux sauvageons du quartier, à moins que…

J’ai mal au crâne et je reste sans bouger à côté de la poubelle. Je ne suis pas fier de moi, il m’a eu par surprise et j’ai vraiment paniqué ! Mauvais point.

J'ai fait un rapide check up, ça baigne et je n'ai pas de nouveaux trous. Il s'en est fallu d'un rien pour que je ne sois plus étanche.

Si je m’écoutais, je me giflerais mais je me méfie quand même car il n’est pas certain que j’aurais le dessus sur moi si je me rebiffe.

Silence… Il recharge son arme ?

Il s’est tiré ? Il est Touché ?

Rien ne bouge et mon petit cœur bat la chamade.

Je n’ai même pas de munitions en réserve ! Tu parles d’un spécialiste !

Je me sens tout Raffarin(10). Surtout ne pas bouger, se confondre avec les murs, jouer le caméléon, être à peine vivant.

Je n'ai pas le choix : si je bouge, je suis mort, et si je ne bouge pas il est fort possible que je meurs.

Je m'en veux, vous ne pouvez pas savoir. C'est certain, je n’aurais pas toujours de la chance. 

J’ai vraiment été M.N.R.(11) sur ce coup là ! Tout est silencieux et Piotr ne semble pas vouloir continuer à jouer avec moi. Je ne vais tout de même pas attendre que les poubelles passent !

Mon cher Eugène, tu copieras cent fois :

« Le poivre ne suffit pas et je dois penser à emporter un chargeur de rechange lorsque je me rends à un rendez-vous hasardeux »(12)

 

La rue est toujours déserte mais ça ne va pas durer et les archers du roi ne vont pas tarder à rappliquer.

Mon petit cœur transit a cessé de bondir dans sa cage.

Le danger semble s’être éloigné et je suis maintenant debout et surpris d’être intact à part la coupure au front qui pisse le sang.

Je m’arrache en catimini et je cherche mon chemin dans le labyrinthe de ruelles.

Je suis dans une rogne noire. Marre de ce truc ! Je n’y comprends rien et j'ai des images de lance-flammes dans la tête.

David avait vraiment des fréquentations toxiques ! Il faudra bien que je retrouve un jour cet indigne représentant des pays de l’Est, quand il se sera calmé.

J’imagine ces retrouvailles dans un contexte plus favorable, lorsque j’aurais fait mes cent lignes et qu’il sera ficelé bien serré avec de la corde à piano.

Mais il ne faut pas rêver ! Autant chercher un peu d’humanité chez un banquier plutôt que d’espérer retrouver un bandit mafieux dans la région !

C’est où déjà ma piaule ?

Suis-je repéré ? Non c’est très improbable, à part sur les enregistrements de quelques centaines de caméras de vidéo surveillance, personne ne peut savoir à quoi je ressemble.

Bon d’accord, cette nuit j’ai manqué de discrétion mais il n’y a quand même pas un espion planqué derrière chaque platane ! Peut-être, à la rigueur, derrière un platane sur deux ???

De toute façon il n’y a pas de platanes dans cette rue.

Il faut que je passe illico presto en code 3(13).

L’entrée de l’immeuble, le digicode, la minuterie, le premier étage. Cric Crac ! Je suis chez moi.

La salle de bain, le coton et l’alcool (non, pas l’alcool ! ça pique), l’eau oxygénée, pansement puis le salon, la bouteille de rhum (ça pique un peu mais c’est pas pareil)

J’applique les consignes de mon cher professeur d’espionnage en milieu hostile. Il nous répétait à longueur d’année que c’était par des petits détails inutiles au regard des néophytes qu’on reconnaissait le vrai pro et ceci d’autant plus que, dans notre secteur d’activité, nous sommes aussi victimes de restrictions budgétaires.

Je me déguise donc et je change d’identité afin que, même moi, je ne puisse pas me reconnaître.

Comme ça, s’il se fait prendre pendant son sommeil et qu’on le torture, il ne risque pas de manger le morceau.

Rideau, on ferme !
(1) Ceci dit c’est une femme.
(2) C’est un vrai rôle de composition pour moi !
(3) Il y a des steppes en Moldavie ?

(4) Jospin : nouvelle expression qui signifie en gros « Merde alors ! Tout part en couilles ! » N.D.A.
(5) Les dictionnaires ne sont pas fait pour les chiens ! N.D.A
(6) La culture c’est comme la confiture…N.D.E

(7) Hue : nouvelle expression qui signifie « j’y vais, tant pis si je me plante et que je passe pour un con ! » (N.D.A.)
(8) Chevènement : A vous de trouver s’pèce de fainéants !
(9) Dans un Beretta il y a quinze balles mais vous conviendrez avec moi qu’il n’est pas raisonnable de tirer autant de projectiles lors d’un échange entre professionnels et que pour tout dire : ce serait de la gourmandise.
(10) Raffarin : Con, modeste mais déterminé.
(11) M.N.R. : nul à chier de chez nul à chier ! (N.D.E.)
(12) Avertissement : L’auteur a remarqué que les œuvres littéraires qui font explicitement références à des personnages de la vie politique prennent le risque de devenir obsolètes au prorata de l’inconsistance des personnages évoqués. Pour cette raison il vous invite à remplacer les noms propres selon les circonstances

Exemple : Raffarin puis :correcteur blanc puis : Sarkosy.

(13) Code 1 : ça craint. Code 2 : ça craint vraiment. Code 3 : Alors là ! Pour craindre ça craint !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

A suivre...

 

12/08/2008

Néosynarchie 8

DAVID l’épicurien.

Depuis sa sortie de prison et sa rencontre avec ce cher Baron Tirliti Pinpin de H., David avait vu sa situation changer radicalement.

Il avait connu le dénuement total, il goûtait maintenant au luxe le plus extrême et portait un regard ironique et désabusé sur les aléas de son destin.

Rien n’est jamais gratuit et le travial dont il était chargé impliquait un engagement total qui allait, à n’en pas douter, le mobiliser pendant des années…

Le soleil commençait à taper dur et David déplaça son « bain de soleil » pour profiter de l’ombre du coucouiller à feuilles persistantes (1).

C’était vendredi et, comme chaque vendredi, jour du poisson, l’hélico allait se poser sur la terrasse pour livrer les homards bretons que le grand con de chef allait se faire un plaisir de massacrer et d’affubler d’un nom ridicule sensé justifier la présence d’une merdouille rare et infecte négligemment posée « en étron » sur la sauce.

Ce chef étoilé de ses deux, ancien giton recommandé par P. B., commençait sérieusement à lui casser les testicules !

Il devenait urgent d’en changer, une fois de plus, avant que son moral ne flanche et que son estomac ne devienne poreux…

David commençait à regretter ce séjour sur la côte. Tout devenait si vite ennuyeux et surfait au milieu de ce luxe ostentatoire et de ce paysage convenu ! Seule, la présence de sa nouvelle compagne lui permettait de supporter la vulgarité de ce paradis artificiel pour milliardaires en mal d’exotisme hollywoodien.

Les riches ont souvent des goûts de chiottes et n’ont décidément que les passions qu’ils méritent ou, autrement dit : il n’y a pas de carences esthétiques que chez les pauvres.

"Le coucouiller à feuilles persistantes est l’unique représentant connu de la famille des coucouillus simplex, lointain cousin des lauriers à tresser. Ses feuilles vernissées procurent  une ombre très dense à condition qu’on entretienne au moins un nid de guêpes bleues, dites encore guêpes du coucouiller, dans un trou pratiqué dans le deuxième tiers supérieur du tronc. Ces guêpes, qui sont généralement peu agressives, ont la particularité de cultiver à l’intérieur de l’arbre, des champignons microscopiques pour se nourrir. Leurs excréments (ceux des guêpes bien sûr et non pas ceux des champignons idiots ! NDA) servent de base nutritionnelle à de petits coléoptères dont la fonction principale semble être d’entretenir le coucouiller en combattant ses parasites. Son ombre rafraîchissante est très appréciée sous les tropiques, particulièrement en bordure des piscines  bordées de marbre blanc de CARRARE. Cet arbre serait originaire de Chine et la légende rapporte que les soldats qui gardaient la muraille…(mais au fond on s’en tape !) Je disais donc que cet arbre produit de magnifiques fleurs blanches qui puent comme les flatulences du diable (ce qui attire les coléoptères merdophages) Ces fleurs, une fois séchées, sont mélangées à du Pineau des Charente. Ce mélange très amer, appelé élixir du sprinter, est réputé pour son action diurétique, déflatulente, vomitive et laxative."

  • "Le petit guide des plantes qu’elles sont bizarres -Editions du soixanthuitard attardé-"

Il avait envoûté cette délicieuse Joséphine de son regard profond (pas au risque de perdre pied tout de même !) Lors d’une soirée à St. Barth.

Elle était tout à fait sortable en société, bonne éducation, pas compliquée, blondasse et bronzée « mélanome », obéissante, fidèle, attachée à son maître, tatouée et vaccinée.

Joséphine était l’héritière d’un quart de la fortune et de la totalité des gènes récessifs d’une grande famille friquée, adepte de plaisirs raffinés tels que le canevas, les partouzes mondaines et le jeu des chiffres et des lettres.

C’était une soirée ordinaire.

Le soleil venait de se coucher en s’appliquant à ressembler à la carte postale.

Les oiseaux voletaient, les poissons nageotaient de ci de là entre les coraux en faisant bien attention de ne pas se faire bouffer par la vilaine murène. Il y avait même des poissons volants !

C’est très beau un exocet, mais ça ne tient pas en place dans un aquarium.

Le propriétaire des lieux, un rien mégalo, passait en boucle et sur écran Géant, le film du feu d’artifice de son dernier anniversaire.

C’était grandiose et confortable.

C’est son DEUG en sciences sociales qui l’a ému.

Pendant plus de trois heures, vautré au bord de la piscine sur un matelas vibrant qui fait des chatouilles partout, une bouteille de champagne millésimée à sa droite et un saladier en cristal de roche garni de caviar sur bloc de glace sculptée et sa cuillère en argent à sa gauche, il l’a écouté parler des pauvres, de la misère, du chômage, du RMI et de la violence dans les quartiers sensibles.

Elle fixait sur lui son beau regard ingénu, recherchant son avis et quémandant son approbation :

Plus elle parlait de cette misère poisseuse et de ces putains d’enfoirés de trimards qui passent leur temps à tenir les murs et à niquer les panneaux de basket.

Plus elle racontait ses stages effectués dans les C.C.A.S. avec les vieux qui bavent et qu’on écoute même plus ce que leurs mains racontent (D’autant qu’il y en a des qui les ont plutôt baladeuses !)

Plus elle disait sa révolte contre tant d’injustices que c’est vraiment pas juste !

Plus elle évoquait les rencontres extraordinaires effectuées dans les foyers d’urgence et les restos du cœur, et plus David sentait sa libido s’exacerber au rythme de la fonte de la sculpture de glace destinée à rafraîchir la grosse boite de caviar bélouga.

  • Tu es si belle, si pure, si vraie, si exacerbandante quand tu ne réprimes plus tes aspirations sociales !

  • Tu as suivi des études toi aussi ?

  • Oui, en prison, j’ai un doctorat de physique nucléaire

  • Ah bon ! Je me disais aussi !

Alors que des brûlures d’estomac commençaient à le tourmenter ; parce que le caviar c’est quand même que de la semi conserve quoiqu’on en dise.

Alors que le jour commençait à poindre et qu’au loin les silhouettes au fusain des bateaux de pêcheurs1 se profilaient dans la rade.

Alors que les oiseaux recommençaient à voler et que les poissons continuaient à nager ; à part deux ou trois qui s’étaient fait bouffer par la murène.

Alors elle lui avoua dans un souffle, juste après l’amour et avant la cigarette, qu’elle était attirée par le socialisme.

Alors là ! Comment résister ? Une telle opportunité ne se répète jamais !

David n’avait pas d’autre choix que de faire un bout de chemin avec elle, à condition qu’elle cesse de fumer…

Joséphine possédait des fesses sublimes et d’indéniables talents en matière de conduite automobile car c’était la seule à n’avoir pas plié la « Lamborg » en première semaine.

Comment trouver l’inspiration dans un bordel pareil ? Marre des œufs de poisson en conserve !

Joséphine lisait une biographie de B.H.L. en écoutant le dernier C.D. de Renaud sur son baladeur, preuve qu’elle était capable du pire comme du plus pire.

Pedant ce temps, le chef cuisinier profitait de sa pose syndicale pour s’humilier avec délices en besognant l’apprenti dans la chambre froide après l’avoir enduit de ketchup.

Il l’appelait son « big bacon » et blasphémait en criant « bolino ! » au moment de l’orgasme ; preuve que la transmission de la tradition gastronomique peut emprunter d’étranges voies détournées.

  1. "Elle avait lié connaissance avec une transsexuel lesbien, ancien membre du parti communiste luxembourgeois"

L’eau pétillante de la piscine, légèrement parfumée de citronnelle avec une touche de cannelle additionnée d’un soupçon de pivoine pour rehausser l’ensemble sans pour autant agresser outre mesure le sens olfactif des baigneurs, reflétait comme toujours un ciel bleu sans nuages, chiant comme un notaire amoureux, un coiffeur hétéro, un militant socialiste, un pédagogue piagétophile, un C.R.S. honteux ou encore un avocat honnête.

Le barman en livrée surveillait discrètement le niveau du verre de son maître vénéré.

Immobile en plein soleil, il transpirait stoïquement sous sa chemise à plastron car il était inconcevable que les gens de sa condition puissent bénéficier de l’ombre du coucouiller.

Par ailleurs il fallait bien qu’il expie son lamentable cursus scolaire qui fit tant de mal au corps enseignant et à ses chers parents. Il regrettait amèrement d’avoir choisi le lycée hôtelier après la troisième, mais avait-il eu réellement le choix ? C’était ça ou la pension chez les frères quat’ bras.

David l’aurait bien invité à profiter au moins du parasol et accessoirement à prendre un rafraîchissement en sa compagnie mais il savait que toutes formes de compassion étaient déplacées.

Familiariser avec le commun n’était pas de mise et risquait de compromettre la délicate alchimie qui régit les relations entre maîtres et valets.

Souffrir pendant le service faisait aussi partie de ses prérogatives et participait de la noblesse de sa fonction.

Tout son art, la beauté de son métier résidait en l’occurrence à ne rien laisser transparaître de cette éprouvante transpiration afin que, justement, elle ne suscite aucune gêne hormis la sienne.

David mit de côté sa mauvaise idée car il n’avait aucune envie de semer les graines d’un futur conflit social.

La secrétaire, à poil comme il se doit, attendait de noter sous la dictée les émanations géniales de l’esprit si délicieusement tourmenté de son maître vénéré.

La silhouette d’une femme de ménage plutôt petite et rondouillarde qui passait furtivement au loin l’excita un peu.

  • Finalement ce sont les petites gens qui sont les plus bandants.

Il fit part de sa remarque à sa secrétaire qui nota cette pensée en écartant ses cuisses pour marquer sa réprobation.

  • Je vous relis tout depuis le début ?

Bac plus cinq, elle a bac plus cinq ! Et je suis déjà fatigué de son cul en pomme et de ses seins en poire !

  • Ben oui ma petite compote de fruits, vous relisez tout depuis le début en articulant bien et en suçant votre crayon.

  • Bon ! Alors j’ai noté : Finalement ce sont les petites gens qui sont les plus excitants.

  • J’ai dit excitant ? Vous en êtes bien sûre ?

Il adorait la faire rougir.

L’hélico. vint troubler ce moment idyllique de pure créativité.

  • J’en ai assez ! Je pars en Bretagne avec l’hélico. De l’iode bordel! Je file au pays des homards. Il me faut du granit, du crachin et des ajoncs en fleurs ! Fait chier ce coucouiller de merde ! (il était en fleurs et les guêpes en rut étaient toutes excitées)

  • Moi aussi j’ai le droit d’aller voir des pauvres et des congés payés ! J’ai tellement besoin de retrouver la vérité des choses comme de manger des nouilles, d’aller au Mac DO, de pousser un caddie ou de pisser dans un lavabo en faïence !

  • Ah ! Qui peut comprendre le trouble de l’esthète enivré par les effluves graisseuses d’acier chauffé mêlées de sueur rance qui émanent du bleu de l’ouvrier métallo en fin de journée ?

  • Vous avez noté ?

  • Oui ? Quoi ?

  • La sueur ! Le métallo !

  • Ah ! Oui !

  • O.K ! Vous mettez un slip, nous partons dans dix minutes.

  • Et puis non ! J’ai réfléchi, Vous êtes en congé.

David ne parvenait pas à « entrer » dans le dossier dont il avait la charge. Il devait trouver une forme de logique qui lui faisait défaut pour l’instant. Il savait que, dès que le processus serait enclenché, ses jours se confondraient avec ses nuits.

En attendant, il remontait la mécanique par des procédés éprouvés qu’il savait efficaces malgré leurs apparences futiles et dérisoires.

A suivre...


Bonjours les gens !

Un petit mot "retour de vacances"
Cette année : visite de la Creuse...

Ne me demandez pas pourquoi ?

C'est comme ça : 2008 visite de la Creuse.

La Creuse c'est un peu creux. Logique, c'est marqué dessus.

Etape obligée à la souterraine (cf, Josiane BALASKO pour les cinéphiles)
Pas trouvé le domaine du fond du lac, mais c'est tout comme.
Guéret, le Berry et Georges Sand :

le romantisme académique bon teint bon ton sous forme de circuit touristique.

Visite de la mare au diable. Tu l'as vu toi, le diable ?

Au diable veau vert ! Pour être vert, c'est plutôt vert ! Tout va à veau l'eau (élevé sous la mer), ma pauvre germaine...

Boulangerie Georges Sand, place Georges Sand, rue Georges Sand, association Georges Sand, musée Georges Sand et tatoueur piercer "Boy Georges" (un lumineux transgressif dans cette farce indigne)
Maintenant je sais ce qu'est la désertification rurale. J'ai pu apprécier aussi les effets délétères de la vie autarcique sur les populations indigènes soumises à la télévision et aux pesticides de toute nature.

Comment peut-on faire fuir ainsi les artistes et les poètes ?

Les plus dynamiques se sont tirés dare-dare vers les  grandes villes tentaculaires.

Seuls restent quelques résistants pathétiques :

des héritiers fonciers, des rurbains égarés en quête d'un salutaire retour à la terre, des artisans zanzan, des échoués là (on se demande...), et des vieux plus ou moins jeunes et plus ou moins cons. Ils forment le socle et sont garants de la tradition, de la chasse, de la pêche, de l'UMP et des fast-food.

On écoute même plus ce que leurs grosses mains sales racontent (tu m'étonnes !)
Jean Pierre Pernod est certainement le présentateur le plus populaire auprès des autochtones.
De superbes paysages, de superbes églises romanes, de superbes fermes, étangs, rivières, lacs, forêts...
Mais alors, pourquoi un tel désert ?

C'est simple : l'esthétisme y est fossilisé et il n'y a ni hypermarchés ni galeries commerciales. 

Pour ceux qui lisent mon super roman post postmoderne, une bonne nouvelle :
Il reste une centaine de notes à venir et vous avez eu le plus coriace à digérer (ça va bien nous mener j'usqu'à Noyel c'taffaire là).

Place donc maintenant à l'aventure à la névrose obsessionnelle, aux rebondissements, à l'humour, à l'amour, à la haine et au dénoyauteur à olives...

C'est sûr, y'a pas de raison que ça cesse

Gub

11/08/2008

Néosynarchie 7

EUGENE, MARIE et le jeu de con.



Je relis avec jubilation le courriel que m’a adressé Marie. Il s’agit d’une nouvelle partie de « jeu de con »

Ce jeu consiste à soumettre au joueur adverse une énigme liée à l’actualité en mélangeant habilement réalité et fiction.

C’est un jeu de piste pour les grands. Il n’y a jamais ni gagnant ni perdant et ce jeu n’est en réalité qu’un prétexte pour se défier et se lancer à corps perdu dans des investigations et des aventures dont, en fin de compte, chaque joueur tire d’importants bénéfices tant sur le plan professionnel que personnel.

Cette fois-ci le jeu était vraiment con mais un peu différent aussi.



J’exulte : le maître nageur allait être content ; pour une fois le plan semblait se mettre en place comme prévu et il ne me restait plus qu’à faire ma valise et à me mettre en route.

L’idée de revoir Marie n’était pas étrangère à ma fébrilité.





MARSEILLE le….





Mon cher et talentueux Eugène,





Voici un nouveau jeu de con pour occuper tes trop longues journées de fonctionnaire zélé.

Tu te rendras compte que celui-ci est un peu différent des autres.

J’ai beau relire dans tout les sens ce texte qu’un étrange « hasard » m’a fait découvrir, il ne tient pas vraiment debout.

Je suis sûre que ce n’est pas qu’un jeu d’esprit mais bien autre chose qui pour l’instant me dépasse.

Dans ces conditions il devrait logiquement nous obliger à nous dépasser.

Ce document, que j’ai trouvé dans le fond d’un tiroir du bureau de David, la nature de certains coups de téléphone, les rencontres avec des correspondants étrangers qui, de toute évidence n’avaient rien à voir avec les affaires que nous traitions habituellement, mais surtout l’activité frénétique qui a précédé le 11 septembre, confirme ce que je pensais.

Il existe un lien entre David et cet attentat. Je sais maintenant que sa disparition brutale avait été préparée de longue date.

Je me sens de plus en plus étroitement surveillée et j’ai pris quelques dispositions pour disparaître provisoirement. En fait j’ai de plus en plus peur.

Amuse-toi bien quoique, finalement, je ne sois pas sûre que ce jeu s’avère très drôle.

Ne cherche pas à me contacter pour l’instant et ne t’inquiète pas trop pour moi. J’ai des réserves et tu sais que je suis maintenant une grande fille.

Je pense être en mesure de te donner prochainement de mes nouvelles.

Je me doute que l’attentat du 11 septembre fait parti de vos préoccupations.

Le fou regarde le doigt qui montre les étoiles.

Néron n’a t il pas fait brûler Rome ?



Je t’aime à ma façon et malgré tout.



MARIE







Finalement la mère ne se leva plus.



Pierre, le fils aîné, informa son frère Jean et sa sœur Anne de la situation.



Ils convinrent d’organiser un tour de rôle afin de s’occuper de la vieille femme car le placement en maison de retraite médicalisée s’avérait contraignant (la seule ayant une place disponible se trouvant à soixante kilomètres) et fort coûteux au demeurant.

Le problème des week-ends posa quelques difficultés et après une longue négociation il fut décidé qu’Anne serait exemptée de garde le samedi matin et le dimanche soir eu égard à la charge que représente ses deux enfants en bas âge.

Jean habitait à l’autre bout de la ville, Pierre à quelques rues de là, Anne à 5 minutes par le tramway (ou le bus ; je ne sais plus exactement)

Les périodes de congé ne furent pas évoquées, on verrait bien.



Trois mois plus tard, la vieille dame s’éteignit discrètement libérant ainsi ses enfants d’une charge qu’ils assumaient avec dévouement.

Les enfants se réunirent donc (à l’exception de Pierre, retenu par ses affaires) pour régler les détails de l’enterrement. La mère possédait en fait très peu de choses. Sa maigre pension suffisait à peine aux charges habituelles et aux chèques qu’elle se faisait un devoir de donner au moment des étrennes.

Invariablement elle déclarait à cette occasion « Le père Noël n’est pas bien riche cette année mes pauvres enfants » En contrepartie les enfants se cotisaient pour lui offrir un cadeau.

Le dernier en date consistait en un service à asperges en faïence de Gien. Ce présent ne sembla pas la transporter de joie. A la réflexion ils furent incapables de se souvenir si leur mère appréciait les asperges. Seuls quelques meubles et bibelots représentaient une certaine valeur dont le service à asperges, encore dans son emballage, et le baromètre de Torricelli souvenir d’une fête des mères ou d’un anniversaire.



C’est alors que Jean sortit un petit carnet de sa poche. Il avait noté dans le détail le nombre précis de déplacements effectués et le kilométrage correspondant. Figuraient aussi les divers achats effectués : pain, épicerie, pharmacie, blanchisserie.

Il décréta en souriant qu’il était logiquement prioritaire pour choisir les meubles et autres objets qui lui revenaient de droit.

Personne n’osa contester ce point de vue d’autant qu’un camion de déménagement venait d’arriver.

C’est dans un silence glacial que les meubles furent chargés.



Jean mourut le même jour écrasé par l’armoire qui, mal arrimée sur le monte-charge, lui tomba dessus du deuxième étage.

L’enquête confirma en tous points les conséquences dramatiques de la loi universelle de la gravitation appliquée accidentellement à ce cas précis et révéla que la société de déménagement était en redressement judiciaire et n’entretenait plus son matériel depuis longtemps.

Cette société pratiquait les tarifs les plus bas du marché…

Son fils se chargea de démonter et de charger l’armoire disloquée dans une remorque de location attelée à la Renault familiale afin de s’en débarrasser dans une déchèterie.

Par distraction, ou déséquilibré par cette armoire qui était décidément très lourde, il ne put s’arrêter au carrefour de Ste. Luce.

Cette fois-ci la loi de la gravitation ne fut pas mise en cause mais remplacée par celle aux conséquences toutes aussi dramatiques, de l’inertie.

Il fallu deux bonnes heures aux secouristes pour extraire le corps sans vie enchâssé sous la semi-remorque de la société des transports Dupré.

Dupré était justement le nom de jeune fille de feu la propriétaire de l’armoire. Anne y vit un signe du destin…

Pendant ce temps Pierre, qui avait été mis au courant par sa sœur de cet enchaînement dramatique, indiqua qu’il rentrerait le plus tôt possible dès que ses affaires seraient clarifiées en Colombie.

Odile ayant perdu son mari et son fils, perdit aussi un peu la raison.

Passionnée de physique (une tradition familiale contrariée), elle effectua de savants et compliqués calculs tenant compte de la masse présumée de l’armoire en chêne, de la hauteur de la chute, de la vitesse au point d’impact, et des probabilités que cette armoire rencontre un membre de sa famille lors d’un déplacement dynamique en translation rectiligne vertical ou horizontal.

Odile ne trouva pas de solution satisfaisante à son problème et se résolue à effectuer un dimanche soir un « crash-test » contre le mur de l’entrepôt des transports Dupré.

Les résultats furent consignés dans le rapport de gendarmerie et les pandores ne purent que constater le décès de la jeune femme qui, par incivisme, n’avait pas bouclé sa ceinture.

Quelques mois plus tard Anne trouva dans un dépôt vente le guéridon de bois massif qui avait appartenu à sa mère. Croyant y voir un signe du destin elle en fit l’acquisition pour 250 francs.

Elle l’installa dans la chambre de ses filles et se mit en devoir de le décaper et de le cirer.

Anne aimait bien ce meuble rustique. Etant enfant elle le recouvrait d’une couverture qui retombait jusqu’au sol et se cachant dessous, elle y installait ses poupées et jouait aux pauvres, un morceau de pain sec dans sa poche.

Elle était « crès, crès » malheureuse et s’amusait à imaginer qu’elle n’avait que ce quignon de pain à donner à manger à ses enfants. Elle réussissait même parfois à pleurer pour de vrai ce qui était la quintessence du plaisir.

Ses pleurs avaient le don d’exaspérer sa mère qui lui mettait alors une taloche en affirmant qu’au moins elle saurait pourquoi. Anne ne comprit jamais pourquoi sa mère s’obstinait ainsi à jouer aussi maladroitement avec elle.

En passant de la cire sur le plateau de bois Anne vit apparaître une succession de chiffres imprimés en creux ; probablement des numéros de téléphone notés à la hâte.

Elle vit là un autre signe du destin.

Elle releva les chiffres au dos d’un ticket de supermarché et décida de les jouer sur une grille de loto. Le soir du tirage elle consigna ses enfants dans leur chambre sous un prétexte quelconque et, s’installa devant sa télévision en se gavant de bonbons et de comprimés pour essayer de se calmer. Pas un numéro ne sortit. Anne y vit à nouveau un signe du destin mais lequel ?

Elle eut la réponse dans la minute qui suivit.

Elle entendit un grand cri en provenance de la chambre des enfants puis elle vit apparaître l’une des jumelles à la porte du salon. Salmonelle tortillait son doudou entre ses doigts.

-« Listéria elle est montée sur le guéridon. Le guéridon il est tombé et Listéria elle est tombée dans la fenêtre » Anne sentit le sol se dérober sous elle, puis elle réalisa que contrairement à son pauvre frère elle habitait au rez-de-chaussée.

Listéria trépignait maintenant pendant que sa mère, encore sous le choc, lui mettait du rouge sur les genoux.

Une fois les enfants couchés, elle saisit une revue sur une étagère et, assise dans le fauteuil Voltaire, elle se plongea dans la lecture du bulletin mensuel des nanars périgourdins en se balançant d’avant en arrière à la façon des apprentis talibans.

Elle fit don du guéridon à une œuvre humanitaire et continua en vain à jouer les numéros du loto.

Anne était la femme de David. Ils s’étaient rencontrés lors d’une manif antinucléaire. Bénis par le gaz lacrymogène, ils décidèrent de ne plus se quitter et firent des jumelles par distraction (Anne s’était trompée de pilule)

David était comptable dans un cabinet d’expertise, dépressif et membre actif de la fédération anarchiste des Pays de la Loire.

Il était très pris par ses diverses fonctions et négligeait celles de père de famille. Invariablement il soupirait à la fin des actualités télévisées « mon Dieu, dans quel monde vivons-nous ! » ANNE acquiesçait avec lassitude en pensant au surprenant rapport qui pouvait exister entre Dieu, PPDA et son anarchiste de mari. Elle pensait aussi avec lassitude au ménage qu’elle avait encore à faire avant d’aller se coucher (c’était pour elle sa façon de fixer une limite à l’anarchie)

David avait en permanence dans sa poche des plaquettes de comprimés de tranxène et de prozac et des bonbons haribo qu’il avalait au feeling à longueur de journée. Sa dépression chronique était alimentée, entre autres choses, par la complexité de certains dossiers comptables qu’il pressentait entachés de filouterie.

C’est lors d’une réunion anarchiste que tout bascula et que l’implacable scénario que nous connaissons se mit en place.

Est-ce sous l’effet du joint qu’il partagea avec l’un des militants, de la cannette de bière ou encore du comprimé d’ecstasy qu’il prit par défi pour s’impliquer plus directement dans la problématique « djeun’s » ou encore l’addition de ces substances dont certaines étaient délicieusement illicites ?

Toujours est-il qu’il défonça la devanture d’une banque avec sa voiture et que les policiers le trouvèrent en train d’essayer de forcer le distributeur de billets avec son couteau opinel.

Il se rendit aux forces de l’ordre après avoir planté le dit couteau dans la fesse d’un sous brigadier, moustachu comme il se doit.

David se réveilla le lendemain vers 10 heures. Il n’avait plus ni ses papiers ni sa montre ni sa ceinture ni ses lacets de chaussures. Il avait par contre récupéré une forte migraine accompagnée d’une grosse bosse derrière la tête. Il en tira la conclusion qu’il avait dû se faire agresser par des voyous en rentrant chez lui. Mais pourquoi l’avoir enlevé et séquestré ? Jamais Anne n’accepterait de payer la moindre rançon.

La perquisition effectuée chez lui n’arrangea rien. Les policiers saisirent des livres, des revues et des tracts jugés subversifs ainsi que des pièces comptables d’une société sur laquelle il voulait travialler avant de partir en vacances. Par un hasard malheureux cette entreprise se trouvait impliquée dans une sombre affaire de blanchiment d’argent sale.

Ses facétieux collègues de travial, connaissant ses idées, ne perdaient jamais l’occasion de lui refiler les clients les plus impliqués dans le système néolibéral…

L’un d’eux saisit également un catalogue de sous-vêtements destinés aux enfants.

Anne eut toutes les peines du monde pour disculper son mari de la présomption de pédophilie qui semblait peser maintenant sur lui à cause de cette publication anodine.

Elle observa plus attentivement le catalogue et les enfants qui y figuraient et se demanda ce qui pouvait bien clocher chez ce policier bedonnant.

Son dernier argument fit mouche « Un anarchiste n’a rien à voir avec le clergé »

Anne regardait avec découragement les fonctionnaires de police qui renversaient le contenu de ses tiroirs et vidaient ses placards.

Désemparée, elle eut cependant le réflexe de récupérer in extremis l’un de ses slips qui dépassait de la poche de l’indélicat chasseur de pédophiles.

La pauvre femme trouvait que ce retour brutal à l’anarchie ne correspondait pas fondamentalement aux aspirations idéologiques de son mari et soupirait en répétant avec obstination « mon Dieu dans quel monde vivons-nous ! »

Il y eut procès, incarcération, amendes, frais de justice.



Anne reçut de plus en plus de lettres recommandées et de moins en moins d’amis.

Puis, le parloir, les huissiers, et finalement, l’assistante sociale et les témoins de Jéhovah lui apportèrent la confirmation de ce qu’elle pressentait à savoir qu’elle était dans la mouise.

Elle hébergea quelque temps l’assistante sociale qui était devenue son amie pour la soustraire à la violence de son mari. Puis, ne pouvant rien de plus pour elle, elle la congédia après lui avoir donné un peu d’argent.

Un soir elle recouvrit le guéridon d’une couverture et invita ses filles à venir jouer avec elle. Elles pleurèrent ensemble à chaudes larmes. Anne avait un quignon de pain dans sa poche et ça lui fit du bien.

Les enfants furent placés dans un foyer de la DASS.

Anne, expulsée de son logement, tenta de survivre par la prostitution.

Il s’avéra qu’elle n’était pas douée pour réaliser les fantasmes de la gent masculine aussi décida-t-elle de vendre tout ce qu’elle avait en double.

Elle commença par un œil pour moins voir la misère puis continua par un rein, un ovaire, une oreille. Enfin, comme on lui avait dit qu’elle avait un cœur « gros comme ça », elle voulut naïvement en faire profiter l’un de ses anciens clients déficient cardiaque.

Lorsque David sortit enfin de prison il était veuf et titulaire d’un doctorat en physique nucléaire.

Sur les conseils d’un ami, il prit contact avec Pierre qui lui proposa une place de directeur financier dans une société marseillaise.

David travialla d’arrache pied et réussit à détourner en un temps record des sommes très importantes qu’il s’empressa de placer dans des actions Enron et Carlyle pour s’assurer une confortable retraite bien méritée.

« Pendant ce temps, Pierre n’ayant pas réussi à clarifier ses affaires colombiennes, fut retrouvé flottant entre deux eaux dans un marigot, le corps lesté d’une bonne livre de plombs de calibre 12 en guise de quille (1) »

(1) Curieux destin d’un homme qui était la plupart du temps entre deux vins. La chasse au gros devrait sérieusement faire l’objet d’une réglementation drastique dans ce pays car il apparaît que les accidents de ce type y sont nombreux. Chasser au fusil mitrailleur ou au M16 n’est pas à la portée du premier venu. (cf. le rapport de la police colombienne) Une commande de TF1.



On connaît la suite.

Enron s’est avéré être un placement déplacé et Carlyle un véritable nid de frelons ; ce qui a beaucoup contrarié David qui revenait justement de la Creuse où il venait de réaliser un reportage sur la première fabrique de babouches en France.

Sous l’emprise d’une grande colère que chacun d’entre nous peut comprendre, à défaut d’excuser, il a donc fait sauter (aidé en cela par un milliardaire peu raisonnable bien que musulman) un bout du pentagone et deux tours qui abritaient ceux qu’il considérait comme étant les plus dangereux voleurs du monde (the greatests thiefs in the word) 

David aurait bien continué par la tour Enron sise à Houston mais la CIA lui a signifié que se serait de la gourmandise et que Georges W. trouvait que la note était suffisamment salée comme ça. Il semblait en outre déplacé d’abîmer ce berceau de la famille Bush qui avait déjà subi un traumatisme économique en 1982 et qui ne savait pas trop comment faire pour gérer l’Enron Fields tout juste équipé.

Bien sûr, il n’y a aucune preuve et c’est un peu facile de charger ce pauvre baudet de David.

Qui peut affirmer que la justice existe dans cet océan de douleurs ?

« Le monde se crispe et se tord et dans tout accouchement il y a le résumé de la vie ; de la souffrance, de l’ironie, du merveilleux, du génial, du pitoyable, de l’indicible, du sublime, du banal, de l’unique, de l’exceptionnel, du drame, du mélodrame, du courage, de la lâcheté, du plaisir, du désir, de la culpabilité, des bons sentiments, du doute, des convictions, des certitudes, du malheur, de l’espoir, du désespoir, de l’espérance, du… »


A suivre....













03/08/2008

Néosynarchie 6

        Et maintenant, qu'est-ce que le baron HUBERT-MARIE-ANTHELME de TIRLITI PINPIN de H va-t-il bien pouvoir faire de son génie ?

 

                Tirliti Pinpin commença par quitter sa tenue de mercenaire pour se reconvertir dans le secteur financier ; une autre version du mercenariat finalement très proche de la précédente.

Il s’amusa quelque temps à boursicoter avec bonheur, aidé en cela par des relations bien placées qui n’étaient pas en capacité de lui refuser de menus services.

Puis il disparut de la circulation pendant quelques temps pour mettre en place la méthodologie de ce qui allait devenir sa seule et unique préoccupation. 

Pour se faire un peu la main et fixer ses idées, il rédigea un ouvrage très documenté traitant des divers choix politiques effectués à l’échelle mondiale ces cinquante dernières années.

L’éclairage qu’il donna à cette étude, en lien avec le contenu des dossiers auxquels il avait désormais accès, donnait à ce document (à condition de prendre la peine de le décoder) de nouvelles clés d’analyse et de compréhension concernant la marche du monde.

Un important chapitre était consacré aux méthodes et outils utilisés par la synarchie pour imposer aux peuples moutonniers (et autant que possible au nom de la démocratie) les décisions diverses et variées destinées à embaumer la vie des uns tout en pourrissant celle du plus grand nombre (1)

Une fois ce travial achevé, il mandata quelques compagnons du premier cercle pour effectuer une tournée de prospection afin de recruter les membres des cercles suivants.

Le plan se déroulait sans accrocs.

Il rencontra Christo sur le conseil d’un ami qui avait fait appel à ses services pour débrouiller un problème informatique qui risquait de compromettre la bonne marche de son entreprise de travaux publics, 

  • « Tu verras, ce gars là est exceptionnel, c’est un garçon complètement déjanté, les gamins lui jettent des pierres et ses employeurs oublient régulièrement de lui verser son salaire.

  • Mais crois-moi, je l’ai vu à l’œuvre et ce qu’il a fait pour moi est tout simplement extraordinaire.

Tirliti Pinpin le prit donc à son service.

Ce fut une très bonne initiative car, grâce à ce génie de l’informatique, il effectua le pire (ou le plus génial) hold-up virtuel de l’histoire en détournant une dizaine de trillons de dollars au profit de comptes bancaires qu’il détenait dans divers établissements tout aussi virtuels.

Une embrouille monstrueuse qui produisit une onde de choc telle que nombre de places boursières se mirent à tanguer dangereusement.

Les meilleurs économistes et stratèges de la finance travaillèrent en vain pendant des mois pour tenter de démêler les fils de cette affaire afin de réparer les dégâts.

Scandales, démissions, suicides, assassinats se succédèrent pendant quelques mois.

Puis il a bien fallu calmer le jeu et mettre la main à la poche pour abonder les comptes fondamentaux et colmater les brèches. 

Les affaires reprirent tant bien que mal mais manifestement quelque chose était cassé. La confiance qui est le ciment de la finance et le cœur n'y étaient plus vraiment.

Tirliti Pinpin connaissait suffisamment la nature humaine pour ne pas être trop exigeant quant aux qualités requises pour entrer en néosynarchie.

Il vérifiait simplement quatre paramètres et cloisonnait les différents cercles pour assurer la sécurité de l’ensemble.

L’argent réglait généralement les problèmes annexes qui apparaissaient ici et là.

Patiemment, méthodiquement, il mit en place la première cellule opérationnelle. 

Chaque néosynarque était généralement très cultivé.

C'était apparemment le seul point commun qu'ils avaient entre eux car les autres critères qui auraient put être considérés comme déterminants : le milieu social, l'âge, les convictions politiques...,ne semblaient pas être pris en compte.

Tous étaient convaincus de l'urgence et du bien-fondé de l’action entreprise.


Il développa et organisa peu à peu les réseaux dont l’objectif était de constituer, loin des gesticulations médiatisées des opposants institutionnels, un réel contre pouvoir au niveau planétaire.

Certains membres des réseaux eurent pour fonction de pratiquer l’entrisme et s’insinuèrent dans nombre d’organisations connues et reconnues.

Il fallait avant tout des yeux et des oreilles attentifs tout en appliquant la règle qui veut que pour être invisible il faut être évident.

L’action engagée consista tout d’abord en la recherche de moyens visant à comprendre et à décrypter les messages diffusés afin de se doter des moyens de lutter concrètement contre les diverses formes de manipulations communément utilisées par les synarques.

L’étude approfondie de ces méthodes fut payante. Elle permit de trouver des parades et d’organiser des points de résistance.

Le contrôle social était un sport pratiqué depuis la nuit des temps et il n’était donc pas question d’en détruire brusquement les outils au risque de provoquer de dangereux déséquilibres.

Il était cependant nécessaire que les populations accèdent enfin à un niveau de conscience et de responsabilité suffisant pour reprendre en main leurs destinés.

Paradoxalement, c’est bien parce que l’urgence était absolue que la néosynarchie ne pouvait pas se permettre de précipiter les choses en  utilisant la force brutale et en prenant ainsi le risque de réitérer les erreurs passées.

Cette lutte souterraine, qui nécessitait des moyens considérables, fut organisée à partir de l’analyse systémique et critique des données léguées par son père.

En corollaire à cette première démarche, des actions furent menées par des volontaires formés dans des instituts spécialisés et qui eurent pour mission :

  • D’enrichir et de propager les méthodes d’analyse et de décryptage de l’information.

  • De développer et de promouvoir une pédagogie de l’esprit critique afin de former les futur néosynarques.

  • De recruter de nouveaux partenaires.

  • D’organiser les activistes.

  • De recueillir et transmettre au premier cercle toutes informations utiles à cette cause.

  • D’arroser les plantes vertes et de changer l’eau du poisson rouge.

 

Pendant trois ans Tirliti Pinpin consacra son temps et son énergie à la mise en place de la néosynarchie.

Il voyagea beaucoup, dormit peu, noua des contacts, constitua et mit à jour des milliers de fichiers (dont ceux légués par son père) et donna une assise au premier cercle.

A l’évidence, le système actuel craquait déjà de toutes parts et il n’était pas utile d’en rajouter par un laborieux travial de sape.


Les choses ressemblaient toujours aux choses, le soleil se levait à l’est et les minutes faisaient bien soixante secondes.

Le décor était en place et contribuait ainsi à maintenir l’illusion rassurante d’un monde pérenne.

Nous ressentions tous cependant, plus ou moins, à de petits détails, que la lumière sensée nous éclairer était probablement une lumière fossile.

Une fois que les bases de l’organisation furent consolidées, Tirliti Pinpin estima alors que le moment était venu d’affronter plus directement la synarchie, quitte à utiliser leurs propres armes.

Il était plus que temps, et chacun sait que le fruit est meilleur lorsqu’il est cueilli sur l’arbre.

Il mesurait un peu plus chaque jour combien son père avait défriché le terrain avant de passer la main.

Les premières actions, destinées principalement à tester les nouvelles stratégies, furent jugées insignifiantes par les pouvoirs institutionnels.

Au fil des mois et à la suite de l'intensification de ces actions, les institutions se sentirent fragilisées et les spécialistes du renseignement furent mobilisés.

Les agences de renseignement commencèrent peu à peu à comprendre que la menace des néo synarques était d’une toute autre nature que celle des terroristes.

« L’ennemi » était d’une discrétion et d’une efficacité redoutable.

Il laissait peu de traces, ne revendiquait rien, et ne semblait pas être rattaché à une idéologie ou à un courant religieux particulier.

Il pouvait frapper n’importe comment et n’importe où dans le monde, et il privilégiait l'efficacité au spectaculaire.

De fait, les néosynarques étaient difficilement identifiables et les synarques cherchaient le moyen d’établir des contacts avec les responsables de cet organisme puissant et mystérieux afin d’envisager de futures négociations.

Avancer sur des fronts aussi diffus n’allait certainement pas faciliter leur tâche.

 

(1) Savez-vous que Bill Gates possède une fortune supérieure au P.I.B annuel de l’ensemble du continent africain ? Vous-vous en fichez ? Vous avez tort !

A suivre....

01/08/2008

Néosynarchie 5


La journée avait été particulièrement éprouvante.

Après avoir « nettoyé » un camp d’entraînement rebelle, ils découvrirent une fosse immense, remplie de corps mutilés déposés pèle-mêle les uns sur les autres.

Un jeune mercenaire, blanc comme un linge, le cœur au bord des lèvres, tentait maladroitement de garder une distance face à l’indicible.

Il ne réussit finalement qu’à faire preuve de cynisme là où même le silence était encore trop obscène.

Il lui avait fallu pourtant dire quelque chose, montrer que lui au moins était vivant.


  • « Vous avez vu ? Ce n’est pas des militaires, c’est du tout venant, il y a même des nourrissons avec leurs mères ! »


Oui bien sur, il avait vu. Tout le groupe avait vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir.

La mission était achevée et ils devaient se rendre à Port Loko pour organiser leur départ.

Tirliti Pinpin était fiévreux et déprimé.

L’opération s’était pourtant bien déroulée, sans surprise. Une organisation millimétrée, du travial de pro…. Il avait maintenant en sa possession ce pour quoi il avait été payé.

Construire, détruire, casser, tenter de réparer pour se reconstruire, se détruire à nouveau, se réparer et se casser vite fait et tenter de sauver sa peau.

Jouer sérieusement à des jeux de cons : à chat perché, à qui perd gagne, à loup y es tu ? Jouer pour de vrai avec des vraies armes, du vrai sang et la mort qui rigole en attendant - C’est celui qui le dit qui y est ! Jeu de mains sales, jeu de vilains malins. Vu ! Je t'ai vu ! C’est toi qui colles…

« -Monsieur le Baron Tirliti Pinpin de H. Combien en avez-vous tué aujourd’hui ? Pouvez-vous noter vos points sur cette feuille ? Sans tricher, je vous prie ! Car il est important d’avoir une comptabilité bien tenue, surtout en temps de guerre. »

Il sentait le regard de Babygros Skud posé sur lui, marmoréen, agaçant et rassurant comme toujours. Que pouvait-il bien penser de tout ça ?

Comme pour apporter une réponse, son compagnon lui jeta une réflexion en pâture : mi figue, mi raisin.


  • " Ma force est dans mon arme et la faiblesse est dans mon âme. "

  • Que veux-tu ? Tu sais bien, c’est la guerre - Le fond du fond de l’humanité.


Il lui tendit une flasque d’alcool de palme.


  • « Ça ne change rien à rien mais ça aide un peu. »


Pas un bruit, pas un souffle d’air. La chaleur mettait la vie entre parenthèses. Plus loin, à côté d’une bâtisse aux murs de pisé criblé d’impacts, des nuages de mouches indiquaient l’emplacement de la fosse. Il n’y avait rien à faire, rien à dire, rien à comprendre et encore moins à espérer.

Les rues étaient presque désertes en ce début d’après midi.

Seuls quelques vieillards assis à l’ombre d’un mur crevassé, se reposaient assis sur des caisses en mâchant du bétel.

Leur calme contrastait avec les décombres noircis et les vestiges des barricades qui témoignaient de la violence des combats.

Babygros Skud, légèrement en retrait, couvrait l’avant-garde qui progressait en courant d’un abri de fortune à l’autre.

Soudain le claquement familier d’une kalachnikov les jeta à terre.

L’échange fut très bref et le tireur, un môme embusqué sur une terrasse, s’était volatilisé après avoir vidé son chargeur. Les vieillards avaient disparu eux aussi, comme absorbés par les murs.

Seul Babygros Skud était blessé. Il s’était assis dans l’encoignure d’un mur et s’appliquait à évaluer la gravité de ses blessures et à stopper les hémorragies avec des pansements.

Il pensa, juste avant de tomber dans les pommes, qu’aucun organe vital n’avait été touché.


Sœur Josépha les accueillit en souriant, sans poser de questions. Elle prit aussitôt le blessé en charge aidée par un infirmier local vêtu d’une salopette bleue, usée jusqu’à la trame.

Deux heures plus tard elle réapparut toujours souriante, une coupelle à la main.


  • Deux balles, vous les voulez en souvenir ? Oh ! N’ayez crainte ! Il devrait s’en tirer avec l’aide de Dieu. Ce type de blessures est très commun par ici.

  • Il est robuste et la Providence veille sur lui car je viens de recevoir des antibiotiques.


Elle s’excusa de ne pas pouvoir leur donner autre chose qu’une bouillie de sorgo, ayant à peine de quoi subvenir à ses propres besoins et à ceux de ses pensionnaires.

Lorsqu’elle réalisa que ces soldats armés jusqu’aux dents se mettaient spontanément au travial pour tenter d’améliorer son misérable hôpital, elle pensa que décidément les voies du Seigneur sont bien surprenantes.

La nuit était maintenant tombée et l’air surchauffé propageait le bruissement métallique des élytres vernissés qui prenaient possession des lieux.

Au loin le claquement d’un fusil mitrailleur renvoyait les vibrants échos de la guerre civile.

Tirliti Pinpin, allongé sur un lit de camp rafistolé, tentait de remettre de l’ordre dans ses pensées. Tous ses muscles étaient endoloris et il fallait, qu’à défaut de dormir, il ait suffisamment récupéré de forces pour affronter le jour à venir.

Il allait bientôt quitter cet enfer dès que son compagnon serait en état et il appréhendait de laisser derrière lui cette misère incommensurable. Il avait les meilleures armes qui se puissent concevoir et son impuissance était pourtant extrême.

Qu’avaient bien pu faire ces gens de si monstrueux pour mériter de telles épreuves ?

Renonçant à dormir, il se leva et se rendit dans le dortoir à la recherche d’un insomniaque avec qui parler.

La sœur était là, assise sur le bord d’un lit, si légère qu’elle en marquait à peine la paillasse. Elle tenait la main d’un jeune noir. Il crut un instant qu’elle dormait mais elle tourna son visage vers lui lorsqu’il s’approcha.


  • Je vous attendais. Voulez-vous vous joindre à moi pour prier ? Il arrive au bout du chemin et sera rappelé par Dieu avant que le jour ne se lève.


  • Je ne sais pas prier, je suppose que nous avons tous nos handicapes.


  • Ce n’est pas grave, je prierai aussi pour vous. C’est sans doute ce que je fais de mieux.


  • Je vous emmène avec nous. Vous ne pouvez plus rester ici. Ça tire dans tous les coins, il n’y a plus rien ! Plus de médicaments, plus de nourriture.


Sœur Josepha lui souriait.


  • C’est bien pour ça qu’il faut que je reste ! Maintenant ils ont autant besoin de moi que j’ai besoin d’eux.


Tirliti Pinpin la regardait dans l’intimité de la nuit. Une petite bonne femme insignifiante, si fragile et si douce et en même temps si dure et si forte.

Elle avait découvert le bout du bout de sa raison d’être. Elle avait enfin obtenu un rendez-vous avec elle et avec Dieu. Il enviait son sublime bonheur.

Qu’avaient-ils donc en commun ? Que pouvaient-ils bien partager ? Il aurait aimé se blottir dans ses bras.

Sœur Josépha lui parlait doucement, patiemment et chaque mot qu’elle prononçait était apaisant.


  • Vous savez, c’est terrible de mourir seul. Je sers au moins à ça.

  • Vivre dans le dénuement complet est une épreuve mais aussi une grâce. Vous êtes jeune et il vous reste un long chemin à parcourir mais il faut que vous gardiez confiance.

  • Pensez ce que vous voulez mais, de nous deux, je suis la moins à plaindre car j’ai bien plus à donner que je n’aurais osé l’espérer.


Sa voix avait changé et se faisait plus pressante. Elle l’envisageait maintenant avec curiosité.


  • Ce n’est pas pour l’argent n’est-ce pas ? Vous n’êtes pas ici pour l’argent ? Je sens ces choses là.


  • Non, vous avez raison, je ne suis pas ici pour l’argent, ni Babygros Skud d’ailleurs ! Nous sommes en marche. Vous comprenez ? Ce qui nous anime est la nécessité de puissance.

  • Oui, je sais que vous comprenez. Nous devons marcher, nous ne pouvons plus nous arrêter car ce serait monstrueusement criminel si nous nous arrêtions.


  • Babygros Skud ?


  • C’est le nom du compagnon que vous avez soigné.


Sœur Josépha ne posa pas la question qui devait suivre logiquement. Elle regardait Tirliti Pinpin en se demandant ce que Dieu voulait lui dire en mettant ces personnages sur son chemin.


  • Vous aussi vous savez lire les signes ?


Le baron avait posé cette question en connaissant la réponse par avance.


  • Oui bien sûr ! Dieu répond toujours à mes interrogations, nous sommes plutôt en bons termes tous les deux. Il balise bien mon chemin.


Elle regardait Tirliti Pinpin droit dans les yeux.


  • Je sais que vous vous demandez ce que nous pourrions bien partager ensemble. Il me semble maintenant que nous ayons une partie de la réponse.


Elle s’était levée et recouvrait soigneusement le corps du jeune noir avec un drap.


  • Bien, ce n’est pas tout mais puisque vous êtes là, je vais vous demander de m’aider.

  • Monsieur Bumako M’Diouf vient de nous quitter. Je n’ai rien pu faire d’autre pour lui que de prier et de lui tenir la main. C’était important que je lui tienne la main.


Le soleil s’annonçait. Tirliti Pinpin délaissa la table roulante et transporta le cadavre sur son dos.

La sœur le précédait, ouvrant les portes et lui indiquant le chemin jusqu’à la fosse commune située au fond de la coure derrière un hangar de tôles ondulées.

Il déposa le corps et répandit dessus le contenu d’un sac de chaux vive. Il restait une trentaine de sacs remisés sous le hangar.

Il fallait lever le camp pour rejoindre le point d’extraction.

Quelque part près d’une plage à la sortie de la ville, un hélico devait prochainement les évacuer à la nuit tombée.

En attendant il fallait mettre au point une stratégie pour sortir de ce trou à rats sans trop se faire allumer.

Babygros Skud, cloué sur son brancard, risquait de compliquer l'opération. Mais pour Tirliti Pinpin c'était tout le monde ou personne, quand bien même ce principe allait à l'encontre de toute logique militaire.

Tous commençaient à redouter les snipers dont les tirs se faisaient de plus en plus précis, et bien plus encore la bouillie de sorgo et le bouillon de bœuf aux vermicelles qui constituaient l’ordinaire des repas.(1)



(1) A la réflexion, je ne sais pas, au juste, pourquoi je vous raconte cette histoire. Elle doit être sans aucun doute nécessaire pour que vous puissiez mieux cerner les personnages qui vont désormais vous accompagner au fil de votre lecture. C’est bien dans les situations extrêmes que les caractères prennent de l’épaisseur et se dévoilent mais cette explication est tirée par les cheveux et vous sentez comme moi que je ne peux décemment pas m’en tirer par cette pirouette.

La position du mercenaire est aussi des plus ambiguë (bien plus en tous cas que celle du missionnaire) « Plus tard, lorsque je serais enfin devenu grand, je ferais des choses cruelles et violentes en compagnie de mes camarades. Comme eux, je ferai toutes ces choses pour de l’argent et d’obscures raisons que j’estimerai justes ou suffisantes pour accepter de tuer et de me faire tuer » Cette explication est tirée par les cheveux et vous sentez comme moi qu’ils ne peuvent décemment pas s’en tirer par cette pirouette.

Toute cette histoire qui se dessine peu a peu est sans doute un peu bancale et pour le moins tirée par les cheveux mais quoique vous en pensiez, il est fort peu probable que vous puissiez vous en tirer par une pirouette.

A suivre...