Fraîch'attitude
FRAÎCH' ATTITUDE
Quelques bonnes raisons de détester les diététiciens....
Cessons d'envisager nos rations congrues sous l'angle obtus d'une raison qui en contient si peu et qui, sans vergogne, se prétend source d'équilibre et de sagesse.
Les diététiciens préféreront toujours la blouse blanche et l'ordinateur au tablier et à la toque.
Le plaisir est suspect et la gourmandise (péché mortel par excellence) doit être combattue et encadrée à l'aune des apports caloriques.
Or, le plaisir, quelle qu'en soit la nature, ne peut-être de toute évidence, que qualitatif.
« Soyons les poètes de notre vie, et tout d'abord dans le menu détail et dans le plus petit banal »
La diététique est affaire de spécialistes de la spécialité.
Chacun y va dare-dare de ses observations, de ses convictions, de son « angle d'attaque ».
La diététique sert à tout, explique tout, justifie tout : cancers, hausse du prix des yaourts, artériosclérose, adjonction d'huile de poisson dans le lait, dégénérescences, dépression nerveuse, faux sucres faux gras et faux arômes, troubles du comportement, rhumatismes...
Il y aurait donc : d'un côté de doctes initiés plus ou moins sponsorisés par l'industrie agroalimentaire, et de l'autre, les ignorants plus ou moins précarisés.
Les convaincus, chantres de la bonne et fraich' attitude , (et qui sont aussi accessoirement annonciateurs de catastrophes),
et la masse imposante des inconscients ignares qu'il faut convaincre mais que ce n'est pas facile.
Actuellement il est très difficile (voir impossible) d'échapper, au bout du compte et des discours, à la litanie des quantifications statistiques portant principalement sur les nutriments, oligo éléments et autres vitamines.
Le vivant, toujours découpé en fines tranches par les professeurs.
Le vivant considéré comme mécanique subtile et qu'il faudrait commencer par massacrer méthodologiquement afin d'espérer en comprendre les rouages.
Compréhension ayant pour finalité : la reproduction artificielle et industrialisée du vivant. (On s'occupe comme on peut)
L'aliment est devenu « alicament » et la gastronomie « moléculaire ».
Il était sans doute urgent de désenchanter la cuisine et de la transformer en salle de jeux pour scientifiques en goguette en mal d'exercices et de reconnaissance.
La science a toujours rejeté la poésie et les savoureuses saveurs.
Elle doit être dure pour être crédible : exit donc le symbolisme et la philosophie.
Elle se veut sérieuse, pragmatique, cartésienne et n'hésite jamais à mettre consciencieusement à l'envers ce que la nature a mis des millions d'années à mettre à dans le bon sens.
Il lui faut du tangible, de l'observable, du conceptualisable reproductible.
Car le sujet est grave.
Il s'agit bien en l'occurrence, d'une commande politico sociale de normalisation, d'une rationalisation fascisante de ce que doit être un esprit sain contenu dans un corps sain.
Le corps politiquement correcte contenant lui-même un esprit discipliné et conforme aux injonctions idéologiques ainsi qu'aux codes sociaux gravés sur papier glacé par la baronne de ROTHSCHILD.
Tout juste est-il parfois question de plaisir et de liberté.
Plaisir ritualisé, humble et mesuré : l'alcool avec modération, le carré de chocolat devant la télé (sans sucre et pauvre en graisse).
Liberté encadrée, allégée et légèrement coupable, mais tolérée cependant :
petite liberté autorisée sur fond de plaisirs compulsifs.
Alors que le vrai plaisir, le seul qui vaille vraiment, est d'une toute autre nature.
Les ayatollas de tous poils l'ont très bien compris depuis toujours.
-« D'accord ! Réplique-t-il. Une grande table de cuisine confortable où je puisse te faire l'amour dans l'odeur de la daube ou du civet. Le plus puissant des aphrodisiaques. » - Claude Pujade-Renaud : - Sous les mets les mots - p : 58
Il est temps, en ce domaine comme dans d'autres, que nous cession nos comportements ridicules de fausses vierges effarouchées.
Il faut nous interroger sur nos pitoyables préjugés, nos peurs archaïques, nos infinies culpabilités judéo chrétiennes, notre folle volonté d'éternité et l'injonction qui nous est faite d'être mesuré et raisonnable en tout.
Raison imposée, raison liberticide sensée nous conduire sans encombre vers notre fin.
Mourir certes ! Mais en bonne santé.
Mourir « de rien », vierge de toute souillure, dans une transparence absolue et obscène. Quintessence d'un projet inexistenciel de non vie comptable.
« Il ne buvait pas, ne fumait pas, ne faisait aucun excès, ni à table, ni au lit, et pourtant il est mort... »
Depuis PLATON, SOCRATE, EPICURE et tant d'autres, nous savons que la diététique n'est pas une préoccupation qui supporte d'être réduite comme une sauce.
« Mangez chaque jour cinq fruits et légumes et bougez-vous le cul » est un slogan qui en dit long sur le mépris des élites auto proclamées vis à vis du petit peuple moutonnier de la France d 'en bas.
Pour ne citer que ces exemples :
les tenants de la prévention contre le cancer se gardent bien de piper mot sur les méfaits des pesticides concentrés dans les radis roses, riches en vitamine A,
pas plus qu'ils n'alertent les consommateurs de base sur la nocivité des traitements anti germinatifs répandus sur les pommes de terre si riches en vitamine C par ailleurs.
Il ne faut pas déranger les industriels de la chimie qui sont en affaires avec les lobbies maraîchers et fruitiers
Il est des évidences qu'il faut rappeler sans cesse : l'argent n'est pas spontanément miscible avec le social ; l'émulsifiant étant composé de sang et de larmes.
Il est aussi des responsabilités qu'il serait bon d'assumer enfin lorsqu'on prétend se préoccuper de santé publique.
La diététique est un moment de l'édification de soi. (NIETZCCHE, - Le gai savoir)
Elle ne peut s'envisager sans le partage - La fameuse convivialité, et le verbe subtil et joyeux qui ne peut que l'accompagner et lui procurer tout son sel.
Le souci diététique est apollinien : il est l'art du sculpteur de soi, de la force plastique et de la maîtrise mesurée (retrouvée).
Il est aussi dialectique subtile de la sobriété, de l'énergie contenue et auxiliaire de jubilation.
Le dionysisme quant à lui, est alchimie puissante : avec lui, « l'homme n'est plus artiste, il est lui-même oeuvre d'art »
La diététique est métaphysique de l'immanent, athéisme pratique.
« Connaît-on les effets moraux des aliments ? Existe-t-il une philosophie de la nutrition ? (Rien que l'agitation qui éclate sans cesse pour et contre le végétarisme prouve assez que pareille philosophie n'existe pas !) »
FEUERBACH : « l'homme est ce qu'il mange » (Hélas ! Hitler était végétarien !!!???)
Le souci diététique est illustration pragmatique de la théorie de l'amor fati en même temps qu'une invitation à l'ascèse du « deviens ce que tu es ».
Le régime est volonté d'adéquation avec soi-même.
La diététique est la science de l'acceptation du règne de la nécessité par la médiation de l'intelligence : il s'agit de comprendre ce qui convient le mieux au corps et non de choisir au hasard, suivant des critères ignorants de la nécessité corporelle.
Voici, pèle mêle, quelques considérations susceptibles de vous éclairer et de vous inciter à explorer d'autres univers enchantés situés hors du mauvais panier de fruits, des légumes (bio de préférence) et de la puante salle de musculation.
Peut-être ce propos pourra-t-il vous éloigner un instant des propos lénifiants et de la fameuse pyramide prescriptive qui hiérarchise et fixe les apports nutritionnels « idéaux ».
Concepts désuets et sujets à caution, destinés à un individu « idéal » lui-même issu de savants calculs ayant traits à de complexes analyses abscons.
Dernière considération - peut-être la plus importante :
il est clair que ces questions relatives au bien être des « citoyens consommateurs » que nous sommes tirent leur pertinence du simple fait que nous avons librement accès à l'alimentation et que nous pouvons encore opérer quelques choix.
La pression démographique, l'indigence des politiques en matière d'environnement, la recherche effrénée de profit et du fameux « points de croissance » qu'il faudrait aller chercher avec les dents, vont très prochainement rendre ce propos obsolète.
Il ne s'agit déjà plus de maigrir ou de soigner les effets de la malnutrition d'abondance mais de nous interroger sur l'état des terres arables, sur nos modes de production agricoles, sur la gestion de l'eau douce et sur les famines qui ne manqueront pas, (hélas !) de venir bousculer nos modes de vie, à notre porte, dans les dix prochaines années.
En attendant, il y a fort à parier que les « hors normes », les gros, les enveloppés, les rondouillards, les obèses, les boulimiques ou les anorexiques, ont de beaux jours de culpabilité récurrente devant eux...
Le combat continue
Gub
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